A TRAVERS LES ILES ENCHANTEES 71
défense d’un espace vital. Les bagarres naissent uniquement pour la possession des nids, ce qui est un peu différent. Ce qui provoque ces luttes, c’est
surtout le petit nombre d’endroits favorables à la ponte. En revanche, il
arrive que pour se déplacer ou pour atteindre l’emplacement visé, les iguanes
soient obligés de traverser le territoire des fous, ces oiseaux qui ont un
sentiment très vif de l’espace à défendre. Aussi chaque fois qu’un iguane
passe à leur portée, il risque de recevoir un bon coup de bec. Ils le savent
et ils se méfient, mais quelquefois ils se laissent prendre de court.
Nous avons voulu recommencer avec les iguanes l’expérience que nous
avons tentée à plusieurs reprises avec des animaux marins : placer en face
d’eux un miroir.
En pareil cas le mérou, apercevant sa propre image, croit voir un
rival : il charge et brise le miroir. Le poulpe (Octopus vulgaris) cherche à
comprendre et avec un de ses bras il frotte longuement la glace. L’iguane,
lui, s’est borné à se regarder. Même s’il croyait voir un autre iguane, son
agressivité ne s’est pas manifestée. C’est un animal social.
A part les fous et les serpents, les grands ennemis des iguanes sont les
chiens sauvages et les requins. Il ne faut pas s’étonner si certains d’entre
eux ont la queue coupée comme l’ont parfois les lézards qui se battent.
En revanche, certains oiseaux se montrent pour eux fort utiles. C’est
le cas des pinsons (Geospiza difficiles et Geospiza fuliginosa) qui retirent
les tiques* qui s’accrochent à leur peau.
Il faut reconnaître que la vie des iguanes marins n’est pas très active.
Entassés les uns contre les autres, ils ne bougent guère pendant des heures
durant. Carcopino disait que tout se passait comme dans un film où on fait
« un arrêt sur l’image » : les figurants bougent puis tous s’arrêtent d’un
seul coup et observent pendant un temps plus ou moins long une immobilité
absolue. Un personnage commence à bouger et tout le monde bouge. La
scène peut se renouveler tout au long de la journée, c’est une vie par
saccades.
Les iguanes restent des heures entières à se chauffer, à prendre des
bains de soleil sur les rochers et ils ne vont à la mer qu’à marée basse pour
aller brouter leurs algues à faible profondeur. Ils n’y vont pas en groupe.
Ils ne constituent pas un véritable troupeau d’herbivores, chacun se met
à l’eau quand il veut et revient quand il est rassasié. Il semble y avoir entre
eux peu de communication ou de contacts.
Si on pose la question banale de savoir si c’est un animal intelligent
ou stupide, la meilleure réponse est celle d’Yves Orner qui déclare :
— Je n’ai jamais rencontré d’animal vraiment stupide.
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