A TRAVERS LES ILES ENCHANTEES 69
pensèrent tout d’abord que les principaux épisodes de la reproduction se
passent uniquement la nuit. Pendant le jour toute l’équipe pouvait voir
devant le camp même et à proximité des milliers d’iguanes entassés, immobiles ; parfois l’un d’eux se dressait et allait à l’eau pour brouter des algues.
Quelques-uns le suivaient, d’autres revenaient, mais rien dans tout cela
n’évoquait les différentes phases de la reproduction. Impossible de croire
que la ponte avait commencé.
Aussi Jacques Renoir et ses deux camarades décidèrent-ils de surprendre les iguanes en pleine nuit et de les filmer à la lumière des lampes.
A la nuit noire, caméra au poing et armés de projecteurs, ils se
dirigèrent doucement vers les iguanes qui paraissaient dormir et qui se
dressèrent en sursaut au comble de la frayeur. Le résultat escompté ne fut
pas du tout atteint. La nuit, le nombre des iguanes entassés les uns sur les
autres était beaucoup plus grand que dans la journée. Il y avait sur les
dalles du rivage peut-être cinq à six mille animaux qui, complètement
épouvantés par les projecteurs, s’efforcèrent de fuir, se jetant les uns sur
les autres et surtout grimpant dans leur affolement aux jambes de nos trois
amis qu’ils griffaient cruellement.
Les otaries réveillées elles aussi par toute cette agitation, prirent peur
à leur tour. Elles se jetèrent dans la mêlée, accroissant encore le désordre
tandis que les mâles criaient et chargeaient en tous sens. C’était un échec
complet. L’équipe de cinéma, vaincue et déçue, n’eut plus qu’à aller terminer la nuit sous la tente tandis qu’autour d’eux le calme se rétablissait peu
à peu.
Bataille pour les nids
Nos camarades ont cependant très vite découvert le secret des amours
des iguanes. Ils s’aperçurent en effet que les femelles ne trouvant pas
d’endroits favorables le long du rivage, allaient pondre au sommet des
falaises qui atteignent 50 à 60 mètres de haut. En effet, c’est là seulement
qu’elles trouvent quelques failles de terre meuble où elles peuvent creuser
leur nid. D’ailleurs c’est au sommet de l’une de ces falaises que Jacques
Renoir a pu retrouver les nids de l’année précédente et même des œufs
écrasés. Le plus extraordinaire est que les femelles se livrent à une ascension
acrobatique, réussissant grâce à leurs griffes à faire de la varappe* sur des
parois presque verticales. Le point culminant était marqué par un gros
rocher que l’équipe appelait « le château », où il y avait de nombreux nids
difficilement accessibles.
Précédent

- 70/305

Suivant