A TRAVERS LES ILES ENCHANTEES 67
De terribles ennemis
Après une dure journée de portage et d’emménagement, de transport
et d’installation de matériel, la Calypso appareilla à 21 heures et fit route
vers l’île de Rabida, laissant sur Femandina trois nouveaux Robinsons.
Ceux-ci se considéraient comme disposant d’un camp idéal, sous les
palétuviers, dans un décor à la fois prodigieux et aride et sur un rivage où
la mise à l’eau était facile. Mais le soir venu, des ennemis inattendus allaient
se révéler.
A peine la Calypso s’était-elle éloignée que le camp était envahi par
des souris grises d’ailleurs très jolies, mais qui avec un appétit et une audace
infernale, dévoraient tout. Il fallut en catastrophe accrocher les provisions
dans les arbres, creuser des trous dans la terre pour y dissimuler le ravitaillement, mais malgré cela, les souris réussissaient toujours à atteindre
quelque chose. Nos camarades les virent même se faire la courte échelle,
montant les unes sur les autres, pour atteindre ce qui était suspendu dans
les arbres.
Cette nuit-là, Jacques Renoir, qui couchait dehors dans un hamac, se
réveilla tout à coup en sursaut : les souris lui mordaient la partie la plus
charnue de sa personne.
C’est la seule île où nous ayons rencontré ces souris insupportables qui
sans doute ont été amenées par des bateaux.
Le lendemain, au lever du jour, une autre espèce d’envahisseurs
s’abattit sur le camp, mais celle-là était plus familière à nos camarades, il
s’agissait des oiseaux moqueurs.
C’est Jean-Jérôme Carcopino qui a peut-être le mieux évoqué l’irritation dans laquelle finissent par vous mettre ces oiseaux.
— On se laisse prendre, dit-il, à leur gentillesse, à leur sautillement,
à l’intérêt qu’ils vous portent. Ils ne vous quittent pas, ils vous suivent
partout et cela devient assez vite agaçant. Ils sont si nombreux qu’on ne
réussit même plus à les écarter : ils se posent sur les tables, sur la tente,
sur tous les objets et comme les souris, ils dévorent tout ce qui est à leur
portée. Quand ils mangent dans votre assiette, quand ils boivent dans votre
verre, quand il y en a quarante sur la table et que rien ne les effraie, on ne
peut plus manger et ces petits oiseaux adorables finissent par vous mettre
au comble de la rage. Comme on n’ose pas les massacrer, alors qu’on en
aurait bien envie, on en est quitte pour prendre son assiette et son verre
et aller manger sous la tente en fermant tout.
Au matin, les iguanes qui s’étaient entassés en groupes serrés, se sont
montrés plus clairsemés, plus dispersés. Leur teinte, sombre et luisante,
De terribles ennemis
Après une dure journée de portage et d’emménagement, de transport
et d’installation de matériel, la Calypso appareilla à 21 heures et fit route
vers l’île de Rabida, laissant sur Femandina trois nouveaux Robinsons.
Ceux-ci se considéraient comme disposant d’un camp idéal, sous les
palétuviers, dans un décor à la fois prodigieux et aride et sur un rivage où
la mise à l’eau était facile. Mais le soir venu, des ennemis inattendus allaient
se révéler.
A peine la Calypso s’était-elle éloignée que le camp était envahi par
des souris grises d’ailleurs très jolies, mais qui avec un appétit et une audace
infernale, dévoraient tout. Il fallut en catastrophe accrocher les provisions
dans les arbres, creuser des trous dans la terre pour y dissimuler le ravitaillement, mais malgré cela, les souris réussissaient toujours à atteindre
quelque chose. Nos camarades les virent même se faire la courte échelle,
montant les unes sur les autres, pour atteindre ce qui était suspendu dans
les arbres.
Cette nuit-là, Jacques Renoir, qui couchait dehors dans un hamac, se
réveilla tout à coup en sursaut : les souris lui mordaient la partie la plus
charnue de sa personne.
C’est la seule île où nous ayons rencontré ces souris insupportables qui
sans doute ont été amenées par des bateaux.
Le lendemain, au lever du jour, une autre espèce d’envahisseurs
s’abattit sur le camp, mais celle-là était plus familière à nos camarades, il
s’agissait des oiseaux moqueurs.
C’est Jean-Jérôme Carcopino qui a peut-être le mieux évoqué l’irritation dans laquelle finissent par vous mettre ces oiseaux.
— On se laisse prendre, dit-il, à leur gentillesse, à leur sautillement,
à l’intérêt qu’ils vous portent. Ils ne vous quittent pas, ils vous suivent
partout et cela devient assez vite agaçant. Ils sont si nombreux qu’on ne
réussit même plus à les écarter : ils se posent sur les tables, sur la tente,
sur tous les objets et comme les souris, ils dévorent tout ce qui est à leur
portée. Quand ils mangent dans votre assiette, quand ils boivent dans votre
verre, quand il y en a quarante sur la table et que rien ne les effraie, on ne
peut plus manger et ces petits oiseaux adorables finissent par vous mettre
au comble de la rage. Comme on n’ose pas les massacrer, alors qu’on en
aurait bien envie, on en est quitte pour prendre son assiette et son verre
et aller manger sous la tente en fermant tout.
Au matin, les iguanes qui s’étaient entassés en groupes serrés, se sont
montrés plus clairsemés, plus dispersés. Leur teinte, sombre et luisante,
