62 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
marche en circuit fermé. Cet aquarium a la particularité de représenter un
dispositif antiroulis parfait. C’est une condition très importante car elle
évite toute souffrance aux animaux. En effet, si extraordinaire que cela
paraisse, une longue expérience nous a appris que les poissons étaient
sensibles au mal de mer et pouvaient même en mourir dans un aquarium
ordinaire, à bord de la Calypso.
Dans notre nouvel aquarium, les batfish capturés n’ont souffert d’aucun
malaise. Ils se sont montrés extrêmement voraces, engloutissant tout ce qui
passait à portée de leur gueule, bien qu’ils soient incapables de tourner la
tête. Nos camarades ne se lassaient pas de venir les contempler dans leur
aquarium et d’admirer leurs décollages et leurs atterrissages.
Sur une autre planète
A peine nos camarades du camp 1 étaient-ils à bord que nous leur
avons demandé comment ils s’étaient trouvés de leur long isolement. La
question leur a paru bizarre. A vrai dire, ils s’en étaient fort bien accommodés et ils avaient eu suffisamment de travail pour ne pas songer un
instant qu’ils se trouvaient sur une île déserte, en plein milieu du Pacifique,
livrés à eux-mêmes.
C’est Bernard Delemotte qui a le mieux exprimé l’état d’esprit de
l’équipe :
— Quant à moi, dit-il, je me suis toujours senti parfaitement bien
sur cette île, dans un décor exceptionnel de lave, au milieu d’animaux
fantastiques. C’était particulièrement enrichissant parce que c’était vraiment
insolite, comme si nous avions changé de planète.
Qu’est-ce que les iguanes et les hommes pensaient les uns des autres ?
L’équipe du camp 1 assure qu’elle a fini par éprouver pour ces animaux
une sympathie indéniable. Quant aux iguanes, il faut bien reconnaître qu’ils
se sont en général montrés plutôt indifférents. Certes ils n’ont manifesté
aucune hostilité, aucune antipathie à l’égard de ces inconnus qui les ont
souvent dérangés, manipulés et entraînés à des profondeurs où ils ne se
hasardent généralement pas. Mais on ne peut pas dire qu’ils aient, comme
les otaries, distingué chacun des plongeurs et qu’ils se soient plus particulièrement attachés à l’un d’eux. Ils semblaient n’avoir d’autre désir que de
continuer à mener tranquillement leur petite vie d’herbivore marin, et d’autre
souci que de se chauffer au soleil.
Il faut insister sur le fait que ce premier camp a joué un rôle important
Précédent

- 63/305

Suivant