LE CAMP DE L’ILE HOOD 51
tour de la baie. Joe me dit qu’il a besoin de viande. Le Dr Perry nous a
conseillé, pour sauvegarder la seule faune précieuse des Galapagos, de tuer
autant de chèvres que nous pouvons. Je pars aussitôt et je tue rapidement
un jeune mâle, mais le vieux mâle du troupeau me charge et à moins de
15 mètres je suis obligé de l’abattre au jugé. Deux petits chevreaux de
quelques jours sont abandonnés par leur mère. Je les ramène au camp. Joe
les adopte immédiatement, et leur trouve même une petite caverne dans
la roche de lave pour les abriter pendant les heures chaudes.
Les gigots sont découpés, salés et enterrés rapidement. Je suis fatigué.
Joe a de gros ennuis avec les mocking birds*. Ce sont des oiseaux de
la taille d’un moineau. Ils sont d’une audace et d’un sans-gêne incroyables.
Dès que notre cuisinier commence à préparer notre repas, ils s’abattent
sur la table, picorent la nourriture, se promènent au milieu des plats, des
casseroles, des assiettes. Rien ne les chasse, ni les cris ni les gestes. Nous
n’avons jamais vu d’oiseaux aussi obstinés.
Ce matin nous avons assisté stupéfaits au manège de l’un de ces oiseaux
moqueurs : voyant un œuf posé sur la table de Joe il s’est mis à le pousser
du bec jusqu’à ce qu’il le fasse tomber à terre où l’œuf s’est brisé sur un
rocher.
Nous avons été si émerveillés de le voir faire que nous n’avons pas
voulu intervenir. Sans doute connaît-il ce truc depuis longtemps car à peine
l’œuf s’était-il cassé qu’il s’est précipité pour le manger.
Malheureusement pour lui, d’autres oiseaux moqueurs avaient observé
toute la scène et attendaient le dénouement pour en profiter. Ils se sont
lancés à l’assaut pour bénéficier de cette aubaine qui cependant était due
à l’initiative et à l’intelligence d’un seul. Il y eut bientôt à nos pieds une
extravagante mêlée d’ailes, de becs et de plumes et chacun des combattants
n’a pas dû conquérir une bien grande part de cet œuf si ingénieusement
brisé.
11 février. C’est une légende de croire que les iguanes choisissent les
endroits où la mer n’est pas agitée et où ils peuvent se mettre à l’eau assez
facilement. J’ai bien souvent vu des iguanes dans des zones sans cesse
balayées par les vagues et où ils se laissaient tranquillement flotter sans
paraître le moins du monde gênés par l’agitation de la mer.
Toute la matinée nous avons cherché à surprendre des iguanes mangeant sur le fond. Toujours sans succès. Nous avons battu environ 300 à
400 mètres de falaise. Découvert une dizaine de grottes, certaines avec deux
sorties profondes de 10 à 15 mètres. Toutes dans 10 à 20 mètres d’eau.
Durant toute notre plongée, huit à dix otaries nous font cortège et nous
offrent à l’intérieur même des grottes des ballets fantastiques. Elles nous
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