L’EXPEDITION DU SCORPIO 243
couloir. Dès que le passage est éclairé, je fais signe de partir. Je regarde
ma montre. Nous ne disposons que de huit minutes pour parcourir à la
nage les 260 mètres qui doivent nous mener à la grotte.
Au-dessus de nous, le plafond nous rappelle constamment que nous
nous enfonçons à l’intérieur de la Terre. Mais en dessous de nous, la plupart
du temps, nous n’apercevons pas de fond ni de roches, rien qu’une eau
noire, d’une profondeur inconnue : un abîme obscur dans lequel nous sombrerions sans espoir si nous perdions connaissance.
Je sens à quel point nous sommes des créatures vulnérables dans ce
milieu inhumain. Pour échapper à une impression d’irréalité et à un rêve
dangereux, je m’accroche désespérément à ces minces cônes de lumière qui
dansent sur les parois : les faisceaux de nos lampes.
Mon esprit s’embrouille. C’est l’enfer de Dante, et les portes vont se
fermer derrière nous.
De plus, cette longue nage exige une éternité d’efforts. C’est une course
pour arriver avant la marée descendante.
Soudain les murs s’écartent. Je sais que la fin de notre voyage épuisant
est proche. Je m’arrête pour allumer mes torches, mon cœur bat durement
et je respire trop vite. J’essaie de me contrôler. Si j’épuise ma réserve d’air,
je serai incapable de retourner vers la surface. Alors j’allume les torches
que je tiens dans chaque main, et dans l’éblouissement qui suit, je distingue
vaguement que les autres plongeurs en ont fait autant.
Dans la pulsation des flammes, devant nous apparaît maintenant la
caverne. Du plafond pendent des centaines de stalactites qui, durant des
milliers d’années, n’ont connu que les ténèbres. Et du fond, des stalagmites
s’élèvent comme pour les rejoindre. Nous sommes écrasés par le spectacle.
Une acrobatie cinématographique
Peut-être n’ai-je pas assez songé aux difficultés que j’apportais au
travail de Philippe. J’ai filé rapidement dans l’eau. Philippe avec sa caméra
prenait tout le boyau d’enfilade, puis il lui fallait me rattraper, passer sous
moi, me devancer pour me filmer de face. Il a dû s’installer au plus profond
de la grotte pour tourner notre arrivée et nous voir déboucher l un après
l’autre du couloir. Ce sont de véritables acrobaties cinématographiques. Elles
seraient impossibles si Philippe n’avait pas une très grande connaissance
de ce qu’on peut faire dans l’eau : un sens inné de la progression dans un
fluide qui ressemble si peu à notre milieu terrestre.
couloir. Dès que le passage est éclairé, je fais signe de partir. Je regarde
ma montre. Nous ne disposons que de huit minutes pour parcourir à la
nage les 260 mètres qui doivent nous mener à la grotte.
Au-dessus de nous, le plafond nous rappelle constamment que nous
nous enfonçons à l’intérieur de la Terre. Mais en dessous de nous, la plupart
du temps, nous n’apercevons pas de fond ni de roches, rien qu’une eau
noire, d’une profondeur inconnue : un abîme obscur dans lequel nous sombrerions sans espoir si nous perdions connaissance.
Je sens à quel point nous sommes des créatures vulnérables dans ce
milieu inhumain. Pour échapper à une impression d’irréalité et à un rêve
dangereux, je m’accroche désespérément à ces minces cônes de lumière qui
dansent sur les parois : les faisceaux de nos lampes.
Mon esprit s’embrouille. C’est l’enfer de Dante, et les portes vont se
fermer derrière nous.
De plus, cette longue nage exige une éternité d’efforts. C’est une course
pour arriver avant la marée descendante.
Soudain les murs s’écartent. Je sais que la fin de notre voyage épuisant
est proche. Je m’arrête pour allumer mes torches, mon cœur bat durement
et je respire trop vite. J’essaie de me contrôler. Si j’épuise ma réserve d’air,
je serai incapable de retourner vers la surface. Alors j’allume les torches
que je tiens dans chaque main, et dans l’éblouissement qui suit, je distingue
vaguement que les autres plongeurs en ont fait autant.
Dans la pulsation des flammes, devant nous apparaît maintenant la
caverne. Du plafond pendent des centaines de stalactites qui, durant des
milliers d’années, n’ont connu que les ténèbres. Et du fond, des stalagmites
s’élèvent comme pour les rejoindre. Nous sommes écrasés par le spectacle.
Une acrobatie cinématographique
Peut-être n’ai-je pas assez songé aux difficultés que j’apportais au
travail de Philippe. J’ai filé rapidement dans l’eau. Philippe avec sa caméra
prenait tout le boyau d’enfilade, puis il lui fallait me rattraper, passer sous
moi, me devancer pour me filmer de face. Il a dû s’installer au plus profond
de la grotte pour tourner notre arrivée et nous voir déboucher l un après
l’autre du couloir. Ce sont de véritables acrobaties cinématographiques. Elles
seraient impossibles si Philippe n’avait pas une très grande connaissance
de ce qu’on peut faire dans l’eau : un sens inné de la progression dans un
fluide qui ressemble si peu à notre milieu terrestre.
