238 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
de croire qu’on descendait jusque vers 50 mètres par un puits vertical et
que le couloir menant à la grotte était horizontal. L’équipement aurait
été alors assez simple. En réalité, il s’agit d’une faille assez incurvée où
abondent les aspérités ; le couloir lui-même est sinueux et d’une entrée
difficile. Cette topographie compliquée rendait à peu près impossible le
maniement de câbles trop lourds, durs à manier et toujours prêts à se
coincer. Les alléger par des flotteurs n’était pas non plus une solution, car
ils seraient aller se coller au plafond de la grotte. En fait, ces 300 mètres
de câbles représentaient un poids beaucoup trop lourd pour une équipe
réduite de plongeurs.
Ce sont des torches pyrotechniques qui ont finalement permis le
tournage. Mais chacune donnait tout juste 5 minutes de film, car la fumée
dégagée par les torches rendait l’eau complètement opaque. Les bulles
qu’elles émettaient montaient au plafond où elles éclataient en laissant
retomber des débris qui salissaient la mer.
Philippe a d’abord passé un certain temps à repérer dans l’obscurité
presque absolue les angles sous lesquels il pouvait prendre des images et
il s’est rendu compte très vite que les conditions étaient particulièrement
difficiles.
— La deuxième fois où j’ai entrepris de filmer, je m’étais mis en
arrière des autres plongeurs qui gagnaient la sortie où ils devaient retrouver
la corde de nylon installée par Benjamin. Mais des nuages de vase s’étaient
levés devant nous et me rattrapaient. Comme j’étais le dernier, je me suis
bientôt retrouvé dans le noir. J’ai allumé la lampe sur batterie installée sur
ma caméra. Mais elle ne donnait qu’un halo blanc tout autour de moi et
j’étais complètement perdu. J’ai éprouvé une étrange impression. En tâtonnant le long des parois, j’ai cherché la corde de nylon mais je ne l’ai pas
trouvée.
« Pour éviter d’être ébloui par le halo des lampes de ma caméra dans
l’eau laiteuse, je les ai éteintes. C’est alors que j’ai pu voir au loin, devant
moi, une petite lueur qui s’agitait. C’était Tom, l’un des plongeurs américains qui était resté à la base de la faille et qui ne me voyant pas revenir,
faisait des signaux avec sa lampe. Il connaissait bien la caverne mais si je
n’avais pas songé à éteindre le projecteur de ma caméra, je n’aurais jamais
vu cette lueur et lui-même à court d’air, allait être obligé de remonter. »
Il fallait à tout prix que la caméra rende cette impression de piège,
de labyrinthe dans lequel, à tout moment, on risque de se perdre. Le danger
était d’autant plus grand que Philippe ne voulait pas s’encorder, car il
n’aurait pas pu se déplacer pour rattraper et devancer les autres plongeurs.
On peut dire que pendant les trois semaines qu’a duré cette mission, l’équipe
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