192 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
J’ai mis également au programme la visite d’une île voisine, assez
grande, Tumeff Island, située entre le récif du Phare et la côte du Honduras.
Je pensais qu’elle nous offrirait un aspect plus accueillant que tous les récifs
visités jusqu’à présent. C’est un spectacle de dévastation qui nous attendait.
Tous les arbres étaient cassés, les palétuviers couchés. On aurait dit que
des milliers de bombardiers B 52 avaient pilonné cette malheureuse île. Ce
n’était partout que débris et ruines. En réalité, elle avait été parcourue de
bout en bout par le dernier cyclone qui avait tout saccagé.
Là aussi, il y avait surtout des marécages dans lesquels on s’enfonçait, mais de nombreuses lagunes, où prospéraient les coraux, eux aussi
bouleversés par le cyclone, abritaient les poissons multicolores des mers
tropicales.
Retour au port
Le mauvais temps sévit pendant plusieurs jours. Le vent souffle du
nord-est à 30 nœuds.
Notre mission est à peu près finie, et je voudrais bien ramener la
Calypso à Bélize, car nous manquons de vivres, et surtout d’eau. A bord,
elle est rationnée : nous ne nous lavons plus.
Mais je ne peux pas m’engager, par un pareil temps, dans le chenal
que nous avons tracé dans le plateau de corail. Les lames se brisent au
bord du récif et sur le récif même. Elles passent parfois, blanchissantes, et
découvrent des milliers de pointes meurtrières. Dans notre trou bleu, protégé
par toute l’étendue du récif, et avec 120 mètres d’eau sous la quille, nous
sommes à l’abri. Il faut attendre.
Enfin, le temps se rétablit aussi rapidement qu’il s’était gâté. Il faut
le mettre à profit. Le moment est venu où la Calypso doit quitter son
mouillage et s’engager de nouveau dans le chemin compliqué par lequel
elle est arrivée.
Nous prenons les mêmes précautions qu’à l’aller. Les zodiacs et les
plongeurs précèdent le bateau. Je ne quitte pas des yeux le sondeur et
l’écran de télévision qui, depuis la chambre d’observation, me donne sans
cesse l’image du fond. Nous retrouvons le mauvais passage où nous nous
étions échoués, mais cette fois, la manœuvre ne nous surprend plus et notre
bateau franchit ce seuil en évitant de toucher le banc de sable.
Il nous faut tout de même sept heures pour atteindre Bélize où nous
retrouvons notre mouillage. Presque tout de suite nous obtenons de faire
le plein d’eau. Enfin on va pouvoir se laver.
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