DANS LE SILLAGE DE DARWIN 17
De l’Arctique à 1 équateur
La Calypso venait de passer plus de trois mois dans l’Arctique à filmer
les loutres de mer* (1). Nous les avons vues bercer leur petit, se cacher dans
les grandes algues (les kelps*), casser les moules à coup de pierre en les
posant sur leur poitrine. Mais les loutres, comme bien d’autres animaux,
sont hélas encore aujourd’hui menacées de disparition : leur fourrure est la
plus chère du monde et c’est la raison pour laquelle elles risquent malgré
toutes les protections d’être massacrées.
Nous avions aussi presque achevé le tournage d’un autre film sur les
saumons. Nous avions suivi leur migration au cours de leur remontée des
rivières de l’île Kodiak* où vivent les plus grands ours du monde : des
géants qui atteignent 4 mètres de long et qui pêchent les saumons à coups
de patte.
Le froid de l’automne nous a finalement chassés du détroit de Béring*
et des îles Aléoutiennes*. Il fallait bien consentir à redescendre vers le sud.
J’ai pensé que le moment était favorable pour tenter une expédition dont
je rêvais depuis longtemps, parmi les îles les plus étranges du Pacifique et
où m’attiraient outre le souvenir de Darwin, bien des énigmes à résoudre :
cet archipel des Galapagos au milieu duquel la Calypso circule sans moi
d’île en île depuis plusieurs semaines.
Charles Darwin y est venu à bord du navire le Beagle en 1835 (2). Il
avait vingt-six ans. Les observations qu’il y a faites, aussi bien sur les pinsons
que sur les iguanes, lui ont fourni les premiers éléments de sa théorie sur
l’origine des espèces.
Du fond de l’Arctique, nous imaginions les Galapagos comme un
paradis terrestre équatorien : des îles « enchantées » où vivent en paix, loin
de l’homme, des animaux exceptionnels, peut-être un peu bizarres, mais
que nous imaginions merveilleux. Sur ce point-là au moins nul d’entre
nous n’a été déçu. Nous avons trouvé, fidèles au rendez-vous, les iguanes
marins, champions de tous les reptiles plongeurs, des cormorans sans ailes
et même des tortues énormes, deux fois centenaires...
Pour parvenir jusque-là, la Calypso est descendue tout le long de la
côte de Californie et nos cinéastes ont eu l’occasion de tourner quelques
bonnes séquences sur les raies mantas*. Ils en ont rencontré de véritables
troupeaux et il y avait parmi elles des géantes qui avaient 5 à 6 mètres
d’envergure.
Après une escale à Acapulco sur la côte de la Basse-Californie, la
(1) Tous les mots marqués de ce signe sont expliqués dans le glossaire, à la fin du
livre, où ils sont classés par ordre alphabétique.
(2)
Voir appendice I.
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