178 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
Aussi je veux mettre toute notre sauvegarde dans la solidité de notre
amarrage.
Pendant tout un jour une équipe reprend un à un les sept points où
nous sommes amarrés. Les plongeurs choisissent des masses de corail plus
volumineuses et y passent des élingues d’acier, sur lesquelles nous frappons
de nouveau des aussières de nylon tressé. J’en profite pour modifier notre
position. Nous sommes maintenant amarrés à deux massifs solides devant
l’étrave, à deux autres à l’arrière et à trois blocs par le travers. Pour nous
placer juste à l’aplomb de la caverne il nous suffira de nous déhaler sur
l’arrière. En cas de mauvais temps, nous pourrions très vite nous éloigner
de la bordure du trou et reprendre position à l’avant.
Le cloître englouti où nous avons découvert les stalactites est tourné
vers l’ouest et la Calypso en surplombe maintenant les deux entrées, l’une
étroite et l’autre large. Toutes deux s’ouvrent vers 50 mètres de fond.
Tout est prêt maintenant pour une exploration scientifique de cette
formation naturelle unique au monde.
Dans les jours qui suivent, l’équipe de plongeurs sous la direction de
Bob Dill, entreprend un examen très détaillé de l’ensemble du gouffre.
Par sa bonne humeur, ses qualités de plongeur et l’étendue de ses
connaissances en géologie marine, Bob Dill a su faire la conquête de tout
le monde à bord de la Calypso.
Il avait obstinément refusé de revêtir une de nos combinaisons en
néoprène noir et il plongeait dans un accoutrement très pittoresque qui nous
amusait toujours beaucoup. Son nez très long écrasé par le masque et ses
oreilles décollées contribuaient aussi à lui donner dans l’eau une allure
comique.
Le Dr Robert Dill que nous appelons tous Bob est persuadé de l’intérêt
scientifique considérable que présente le mystérieux trou bleu du récif du
Phare.
Il pense que les plongées que nous voulons y faire peuvent apporter
une contribution très importante à la connaissance de l’histoire de la Terre.
— C’est dans de tels puits naturels, dit-il, protégés de l’érosion marine,
que l’on peut étudier le mieux les variations du niveau des océans à l’époque
de la dernière glaciation, lorsque l’eau a baissé dans les mers du monde
entier à la suite de l’invasion des continents par les glaces. Bien entendu,
cet abaissement de la surface des eaux ne s’est pas fait en une seule fois.
Nous devrions trouver à l’intérieur du trou bleu les étages successifs qui
ont marqué cette régression des eaux.
Les convictions de Bob Dill sont communicatives. Le trou bleu nous
apparaît maintenant comme riche de vérités scientifiques. Nous entrepre­
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