170 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
Premières plongées
Dans les jours qui suivirent notre mouillage sur le « trou bleu », André
Laban, Albert Falco et Yves Orner effectuèrent les premières plongées dans
ce vaste puits dont nous ne connaissions pas la configuration exacte. Nous
pressentions qu’il était certainement profond.
L’anneau de corail qui nous encercle est très bleu. De grandes éponges,
des gorgones constituent une bordure vivante. Mais s’il fallait s’échapper
rapidement d’ici, sous la menace d’un cyclone, je ne sais trop comment nous
réussirions à franchir le bord de ce trou dans lequel la Calypso est prise au
piège. Je ne peux m’empêcher de penser à toutes les histoires que racontent
les pêcheurs : barques perdues, navires engloutis. Ces légendes s’expliquent
aisément.
La paroi de la falaise le long de laquelle les plongeurs descendent, est
criblée de nombreuses cavités.
L’eau paraît claire, comparée à celle du plateau où il y a toujours du
sable en suspension. Nous découvrons dans notre « blue hole » des requins,
des thons, des barracudas. Pour eux non plus, ce puits n’est pas d’un accès
facile. Il n’existe que quelques chenaux pour parvenir jusque-là. Il y a très
peu de poissons de coraux. Mais nous faisons lever des raies et des requins
de sable inoffensifs que nous nous amusons à poursuivre un peu.
Les murs du gouffre s’incurvent et s’élargissent à partir d’une trentaine
de mètres. Cette forme indique bien que la grotte a eu autrefois un toit en
coupole qui s’est effondré.
Des débris calcaires se détachent continuellement du bord du puits et
tombent lentement dans la masse des eaux comme de la neige.
A 40 mètres sous un surplomb, dans le halo des lampes, les plongeurs
découvrent une architecture massive de voûtes et de hautes colonnes suspendues et des chapelles emplies d’ombres. C’est un cloître sous-marin plutôt
qu’une cathédrale.
Certaines stalactites pendant du plafond mesurent jusqu’à douze mètres
de long et parfois un ou deux mètres de diamètre. Certaines sont torsadées
comme des piliers de cathédrale gothique.
Seules les stalactites qui se trouvent accrochées à la partie la plus
basse de la voûte atteignent le sol et forment de véritables colonnes.
En visitant cette forêt de pierre, nous avons une impression de gigantisme. Les photos et le film sont assez proches de la vérité, car il ne s’agit
pas vraiment d’un tunnel très profond où la vue se perd. L’horizon est
limité. On se déplace le long d’une corniche. Les piliers paraissent quand
même très grands.
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