UN CLOITRE ENGLOUTI 167
ce qu’elle glisse sur la pente du banc de sable. En même temps, les moteurs
battent en arrière et tous ces éléments combinés remettent le bateau à flot.
Très lentement la Calypso reprend sa route, mais il faut manœuvrer
en finesse pour ne pas percuter le récif aussitôt après être sorti de cette
position dangereuse.
D’ailleurs l’impression que l’on ressent en avançant en plein milieu
de ce plateau est bien étrange. J’ai la sensation que la Calypso ne se déplace
plus sur la mer mais plutôt sur le dessus d’une île, à demi sortie de l’eau.
Pour un marin, c’est un peu comme si l’on vivait un cauchemar avec la
menace permanente de voir son bateau s’ouvrir sur une des innombrables
pointes de coraux qui le menacent de tous côtés. Nous sommes maintenant
entre les bouées n° 6 et n° 5 et nous touchons au but. Pourtant nous n’apercevons pas encore devant nous le bleu intense du trou.
Enfin, nous passons la dernière bouée, droit devant nous la mer change
de teinte. Un magnifique lac dessine une tache indigo dans une mer qui
partout ailleurs, est couleur d’azur. C’est le témoin d’un drame qui date
des grands âges glaciaires.
Ce trou, dont le diamètre dépasse 300 mètres, est nettement marqué
par une ceinture de corail qui affleure en dessinant un cercle presque parfait,
interrompu par deux passes étroites.
Suivant le niveau de l’eau, en nageant en surface, on doit pouvoir
arriver à toucher le corail. Un léger dévers de sable précise la brusque
cassure du trou. La profondeur dépasse certainement 100 mètres.
Désormais, nous avons sous la quille autant de profondeur que nous
pouvons en souhaiter. Ce gouffre béant devant nos yeux a servi de thème
à bien des légendes. On dit qu’il est sans fond, que des monstres marins
y habitent, et qu’il a englouti tous les bateaux qui ont osé s’y aventurer.
Nous avons demandé à notre brave Calypso de faire ce qu’aucun
bateau n’avait jamais fait et elle ne nous a pas déçus. L’exploration de ce
splendide espace marin va commencer et nous allons essayer d’en connaître
et d’en comprendre les profondeurs.
Nos camarades nous ont préparé un solide amarrage : ils ont ceinturé
avec des élingues d’acier de grands massifs de coraux. Nous y passons des
aussières* de nylon.
Arrimée ainsi, la Calypso pourra aider les plongeurs et mettre à la
mer l’important matériel dont nous disposons. Il se compose de nos deux
soucoupes plongeantes et d’un chaland spécial pour les transporter, du
nouveau sous-marin humide permettant de parcourir de grandes distances
en un minimum de temps et qui est équipé de bouteilles et de détendeurs
que les plongeurs n’ont plus à porter sur le dos. Trois scooters sous-marins
ce qu’elle glisse sur la pente du banc de sable. En même temps, les moteurs
battent en arrière et tous ces éléments combinés remettent le bateau à flot.
Très lentement la Calypso reprend sa route, mais il faut manœuvrer
en finesse pour ne pas percuter le récif aussitôt après être sorti de cette
position dangereuse.
D’ailleurs l’impression que l’on ressent en avançant en plein milieu
de ce plateau est bien étrange. J’ai la sensation que la Calypso ne se déplace
plus sur la mer mais plutôt sur le dessus d’une île, à demi sortie de l’eau.
Pour un marin, c’est un peu comme si l’on vivait un cauchemar avec la
menace permanente de voir son bateau s’ouvrir sur une des innombrables
pointes de coraux qui le menacent de tous côtés. Nous sommes maintenant
entre les bouées n° 6 et n° 5 et nous touchons au but. Pourtant nous n’apercevons pas encore devant nous le bleu intense du trou.
Enfin, nous passons la dernière bouée, droit devant nous la mer change
de teinte. Un magnifique lac dessine une tache indigo dans une mer qui
partout ailleurs, est couleur d’azur. C’est le témoin d’un drame qui date
des grands âges glaciaires.
Ce trou, dont le diamètre dépasse 300 mètres, est nettement marqué
par une ceinture de corail qui affleure en dessinant un cercle presque parfait,
interrompu par deux passes étroites.
Suivant le niveau de l’eau, en nageant en surface, on doit pouvoir
arriver à toucher le corail. Un léger dévers de sable précise la brusque
cassure du trou. La profondeur dépasse certainement 100 mètres.
Désormais, nous avons sous la quille autant de profondeur que nous
pouvons en souhaiter. Ce gouffre béant devant nos yeux a servi de thème
à bien des légendes. On dit qu’il est sans fond, que des monstres marins
y habitent, et qu’il a englouti tous les bateaux qui ont osé s’y aventurer.
Nous avons demandé à notre brave Calypso de faire ce qu’aucun
bateau n’avait jamais fait et elle ne nous a pas déçus. L’exploration de ce
splendide espace marin va commencer et nous allons essayer d’en connaître
et d’en comprendre les profondeurs.
Nos camarades nous ont préparé un solide amarrage : ils ont ceinturé
avec des élingues d’acier de grands massifs de coraux. Nous y passons des
aussières* de nylon.
Arrimée ainsi, la Calypso pourra aider les plongeurs et mettre à la
mer l’important matériel dont nous disposons. Il se compose de nos deux
soucoupes plongeantes et d’un chaland spécial pour les transporter, du
nouveau sous-marin humide permettant de parcourir de grandes distances
en un minimum de temps et qui est équipé de bouteilles et de détendeurs
que les plongeurs n’ont plus à porter sur le dos. Trois scooters sous-marins
