166 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
taches sombres des massifs de coraux dont beaucoup percent la surface.
Sur la passerelle, l’œil sur le sondeur, la main sur le chadbum*, je ne
peux même pas m’imaginer que nous suivons un chenal. Nous sommes tout
simplement égarés en plein milieu d’un champ de coraux.
Tandis que nous avançons, l’eau est de moins en moins profonde. Nous
avons 2,30 m sous la quille, puis tout à coup 1,50 mètre. Notre écho-sondeur
indique à peine plus d’un mètre d’eau libre lorsque nous franchissons ce
passage. Heureusement, il existe sur la passerelle de la Calypso un « cran
de pétrole ». C’est un accélérateur à main qui permet de régler directement
la vitesse des moteurs, ce qui nous a rendu à cette occasion de grands
services.
A ce moment-là, plongeurs et chalands nous préviennent qu’il y a
devant nous, le long du chenal, des seuils encore plus hauts qu’il nous faudra
affronter.
Je ne veux plus laisser personne dans la chambre d’observation du
faux-nez qui risque à tout moment de s’écraser sur une tête de corail. Nous
installons à la place de l’observateur une caméra de télévision qui donnera
à la passerelle une image du fond.
Et l’hallucinant dialogue reprend par walkie-talkie :
— Allô Calypso! Allô Calypso! Profondeur 1,52. Azimuth 18,5.
La Calypso s’échoue
Devant nous commence une section du chenal où les manœuvres vont
devenir vraiment délicates. Une bouée jaune marque l’endroit où notre
navire devra effectuer un double virage pour éviter un massif de coraux
qui affleurent.
Jean-Paul Bassaget se tire au mieux de ce mauvais passage et pourtant,
la Calypso touche le fond. L’accident que nous avions tout fait pour éviter
arrive donc quand même. Mais ce n’est pas le corail que le navire a heurté.
Sa coque en bois, au lieu de rencontrer le récif dur et tranchant, s’est posée
doucement sur un banc de sable.
J’envoie aussitôt les plongeurs examiner les dégâts possibles. Ils remontent en affirmant que tout se borne à de la peinture éraflée. Mais nous
sommes bel et bien échoués et il faut sortir la Calypso de son banc de sable.
Je ne vois qu’une seule manœuvre possible : je fais mouiller sur l’arrière
l’ancre de secours qu’on virera au treuil. Je donne l’ordre aux chalands de
prendre place sur le flanc de la Calypso et de la déhaler* en travers jusqu’à
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