UN CLOITRE ENGLOUTI 159
de repérer à la jumelle le trou bleu distant de 7 milles marins. A bord des
zodiacs, très bas sur l’eau, il était encore plus difficile de l’apercevoir et
il fallut chercher en aveugle, en suivant des couloirs zigzaguant qui, sans
cesse, déroutaient les embarcations.
Il fallut explorer les coraux à vue et très souvent, il y avait si peu
d’eau qu’il fallait marcher sur le fond et tirer le zodiac. Après avoir parcouru
pendant des heures et des heures ces coraux, tout à coup la couleur a
changé : une grande ligne bleue est apparue au loin. C’était là.
Dans la journée, nous avons réussi à arriver jusqu’au trou bleu : c’était
un immense anneau de corail qui enfermait dans sa profondeur une eau
d’un bleu noir. Deux de nos camarades firent même une première plongée
ce jour-là.
Quand il nous a fallu regagner le bateau, nous ne le trouvions plus.
Il était passé derrière la ligne d’horizon. « Une recherche intéressante », a
dit Yves Orner. C’est la formule la plus pessimiste qu’il puisse employer
quand les choses tournent vraiment mal.
Cette grotte immergée qui évoquait l’une des grandes salles du gouffre
de Padirac, en France, mais sans plafond, semblait devoir tenir toutes les
promesses que nous avait faites Laban. Notre désir de parvenir jusque-là
avec la Calypso et tous les moyens dont elle dispose n’en était que plus vif.
Encore fallait-il lui faire traverser ce plateau sur lequel aucun commandant de bateau ayant quelque bon sens n’oserait l’engager. Il y avait
douze kilomètres à franchir au-dessus du platier de corail. Le seul moyen
raisonnable était de baliser à travers ce récif encombré un chenal aussi
dégagé que possible. Mais en certains endroits, d’après le premier rapport
des plongeurs, le fond était à moins d’un mètre et le passage n’en avait
pas cinq de large. Il allait falloir travailler dur dans l’eau pour ménager
un couloir qui nous mènerait jusqu’à ce trou qui nous apparaissait d’autant
plus merveilleux qu’il était d’un accès plus difficile. J’ai envoyé aussitôt les
plongeurs localiser les plus gros massifs de coraux du platier, dans l’espoir
qu’ils trouveraient quelques passages en zigzag où la Calypso pourrait se
glisser. Ils se sont très vite rendu compte que le récif est souvent à peine
submergé. Des bouquets de coraux et des cerveaux de Neptune se tiennent
menaçants au ras de la surface. Ce sera une tâche difficile de mener à
travers tous ces obstacles un navire de 360 tonnes comme la Calypso.
Mais j’ai confiance dans notre bateau qui, en mer Rouge, a montré
d’incroyables possibilités de manœuvres parmi les chapelets coralliens des
îles Far San et de l’archipel des Suakin.
Double page suivante : Le trou bleu est un cercle de corail presque parfait où la Calypso ne pouvait pénétrer que par une seule entrée.
de repérer à la jumelle le trou bleu distant de 7 milles marins. A bord des
zodiacs, très bas sur l’eau, il était encore plus difficile de l’apercevoir et
il fallut chercher en aveugle, en suivant des couloirs zigzaguant qui, sans
cesse, déroutaient les embarcations.
Il fallut explorer les coraux à vue et très souvent, il y avait si peu
d’eau qu’il fallait marcher sur le fond et tirer le zodiac. Après avoir parcouru
pendant des heures et des heures ces coraux, tout à coup la couleur a
changé : une grande ligne bleue est apparue au loin. C’était là.
Dans la journée, nous avons réussi à arriver jusqu’au trou bleu : c’était
un immense anneau de corail qui enfermait dans sa profondeur une eau
d’un bleu noir. Deux de nos camarades firent même une première plongée
ce jour-là.
Quand il nous a fallu regagner le bateau, nous ne le trouvions plus.
Il était passé derrière la ligne d’horizon. « Une recherche intéressante », a
dit Yves Orner. C’est la formule la plus pessimiste qu’il puisse employer
quand les choses tournent vraiment mal.
Cette grotte immergée qui évoquait l’une des grandes salles du gouffre
de Padirac, en France, mais sans plafond, semblait devoir tenir toutes les
promesses que nous avait faites Laban. Notre désir de parvenir jusque-là
avec la Calypso et tous les moyens dont elle dispose n’en était que plus vif.
Encore fallait-il lui faire traverser ce plateau sur lequel aucun commandant de bateau ayant quelque bon sens n’oserait l’engager. Il y avait
douze kilomètres à franchir au-dessus du platier de corail. Le seul moyen
raisonnable était de baliser à travers ce récif encombré un chenal aussi
dégagé que possible. Mais en certains endroits, d’après le premier rapport
des plongeurs, le fond était à moins d’un mètre et le passage n’en avait
pas cinq de large. Il allait falloir travailler dur dans l’eau pour ménager
un couloir qui nous mènerait jusqu’à ce trou qui nous apparaissait d’autant
plus merveilleux qu’il était d’un accès plus difficile. J’ai envoyé aussitôt les
plongeurs localiser les plus gros massifs de coraux du platier, dans l’espoir
qu’ils trouveraient quelques passages en zigzag où la Calypso pourrait se
glisser. Ils se sont très vite rendu compte que le récif est souvent à peine
submergé. Des bouquets de coraux et des cerveaux de Neptune se tiennent
menaçants au ras de la surface. Ce sera une tâche difficile de mener à
travers tous ces obstacles un navire de 360 tonnes comme la Calypso.
Mais j’ai confiance dans notre bateau qui, en mer Rouge, a montré
d’incroyables possibilités de manœuvres parmi les chapelets coralliens des
îles Far San et de l’archipel des Suakin.
Double page suivante : Le trou bleu est un cercle de corail presque parfait où la Calypso ne pouvait pénétrer que par une seule entrée.
