158 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
Mais pour un bateau d’assez faible tonnage comme le nôtre, cette
navigation est relativement délicate, notamment au passage des ecluses. Il
se forme là des courants importants contre lesquels le bateau doit lutter.
Nous nous sommes rendus tout d’abord à Belize, capitale du British
Honduras. Le pays est plutôt plat, marécageux. Le climat est insalubre,
chaud et humide. Toute cette côte venait d’être victime d’un cyclone dont
on pouvait voir encore les traces ; arbres brisés, toitures arrachées : une
image de guerre.
Le British Honduras compte dans son territoire la barrière de corail
la plus longue du monde après la Grande Barrière de la côte nord-est de
l’Australie. Des eaux profondes qui descendent jusqu’à 1 200 mètres séparent
ce récif frangeant du continent.
Mon intention était d’amener la Calypso jusqu’au récif du Phare, un
récif de corail situé à 50 milles au large de Bélize et où Laban et tous nos
amis affirmaient qu’il y avait le plus grand et le plus intéressant des « trous
bleus ». Encore fallait-il atteindre cette caverne en faisant traverser à notre
bateau un plateau de corail qui semblait affleurer de toute part la surface.
Les cartes sous-marines sont de nature à inspirer la prudence. Toutes
les côtes du British Honduras sont bordées d’un platier très peu profond.
Les « Cayes* noyées » défendent les approches de Bélize et entre la capitale
et le récif du Phare que nous voulions atteindre, se dresse une île formée
de coraux, de palétuviers et de lagunes : l’île Turneff*. Toute cette géographie corallienne est extrêmement compliquée. Aussi avons-nous décidé de
faire avec la Calypso une première reconnaissance.
Le capitaine Bassaget réussit à amener le bateau au bord même du
tombant qui forme la limite extrême de l’île du Phare. Mais cette île ellemême n’est qu’un amas de coraux dont les têtes pointent de tous côtés et
au milieu desquelles je ne voulais pas engager la Calypso sans avoir effectué
une prospection détaillée avec les chalands, les zodiacs et les plongeurs.
Notre navire pouvait s’avancer au point de toucher presque le récif du
Phare, car au sud, un tombant à peu près vertical s’ouvre sur des fonds qui
atteignent 3 000 mètres.
Une première plongée nous révéla les abords du récif où abondaient
les massifs composés de grandes gorgones, d’éponges de toutes couleurs et
de cornes d’élan* aux formes branchues. Au-delà de ce mur qui trempait
dans l’eau bleue s’étendait le plateau de corail proprement dit qui semblait
presque partout affleurer la surface. Seuls les zodiacs, à toute petite allure,
pouvaient espérer se glissser dans ce dédale tandis que la Calypso restait à
l’ancre au bord du récif.
Même du haut du portique* de notre bateau, il nous était impossible
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