LA CHAINE D’OR 151
En remorque
Nous n’avons pas renoncé volontiers à trouver des vestiges archéologiques au fond du lac. Bernard Delemotte en scaphandre a été remorqué
sur des milles et des milles par le zodiac que pilotait Falco. Son rôle était
d’essayer de repérer le moindre vestige qu’il aurait pu apercevoir sur le
fond. L’eau était plutôt fraîche et ce remorquage finissait par lui imposer
une espèce de vertige. Il devait alors interrompre la prospection. Bernard
Delemotte n’a jamais repéré que des roches qui faisaient saillie au milieu de
la vase, çà et là, mais qui en aucun cas ne pouvaient passer pour d’anciennes
constructions.
Chaque fois qu’il était obligé de traverser un herbier, il se prenait dans
les algues et il n’avait plus qu’à remonter car toute reconnaissance était
impossible au milieu de cette végétation si serrée.
De son côté, Jean-Clair Riant a inspecté les fonds où poussaient les
totoras. Le zodiac avait le plus grand mal à évoluer au milieu de ces roseaux
qui bloquaient l’hélice et l’obligeaient à stopper. Nos recherches ont porté
principalement sur les fonds qui entourent l’île de la Lune où se situait du
temps des Incas, le temple des Vestales.
Toutes ces recherches ne nous ont conduits à aucune découverte mais
elles ont fini par réveiller l’intérêt du « vieil homme du lac ». Il est né sur
l’île du Soleil, il y a quatre-vingt-six ans. Tout en mâchant des feuilles de
cola, il nous a affirmé qu’un tunnel reliait le lac à Cuzco, l’ancienne capitale
des Incas. Ce tunnel aurait donc 320 kilomètres de long. Nous l’avons
cherché en vain d’après ses indications. Les seules trouvailles que nous
ayons faites à cette occasion ont consisté en quelques fragments de poterie
de caractère tout à fait usuel et sur lesquels aucune image n’était peinte.
Chaque jour le froid se faisait plus vif, des nuages s’accrochaient aux
montagnes et venaient parfois flotter au ras du lac. Nous étions en novembre,
la saison des pluies commençait et elle allait mettre fin à notre expédition.
Il fallut encore de rudes efforts pour embarquer notre matériel, le
ramener jusqu’à Puno et là, le charger sur le train acrobatique qui allait
nous permettre de refranchir les Andes.
Pour tout butin nous n’emportions que quelques précisions géographiques, notamment la profondeur réelle du lac, le souvenir de ces fonds de
vase et d’algues vert clair. Nous rapportions aussi des spécimens de crapauds
destinés au Musée de Monaco et le bateau en totoras que nous avions
acheté.
Le 20 novembre nous étions de nouveau à bord de la Calypso, prêts
pour une nouvelle aventure.
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