150 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
Une civilisation du lama
Si nous nous sommes tellement acharnés à rechercher des vestiges et
notamment des fragments de céramique, c’est parce que nous savions que
la poterie trouvée sur les bords du lac Titicaca avait été datée de 3300 à
3200 ans avant J.-C. Leur examen au carbone 14 ne laisse pas de doute
à ce sujet. 3 300 ans avant nos jours, le lac Titicaca a été un centre de
grande civilisation en même temps que de foi religieuse.
Le lama était à la fois une bête de somme et l’animal sacré de cette
religion. Pourtant, il n’a fourni aux populations primitives aucun aliment
camé. On ne le tuait pas. Seul l’empereur sacrifiait chaque année au Soleil
un lama blanc.
Le lama, animal de bât, et l’alpaca, fournisseur de laine, sont des
animaux domestiques infiniment précieux, capables de vivre en haute montagne et qui ont permis aux populations pré-incas de survivre dans ce pays
hostile.
Nous les avons vus autour du lac Titicaca avec leurs grands yeux
lumineux, leurs petites oreilles pointues, sans cesse en mouvement et où les
habitants des Andes accrochent de petits pompons de couleur destinés à
les protéger contre les maladies ou les accidents.
Nous avons admiré leur port de tête, si fier et si dédaigneux, leur
robustesse qui leur permet de vivre à une haute altitude sans même se sentir
lié à l’activité des hommes.
Le centre religieux en même temps que le site archéologique le plus
célèbre au voisinage du lac Titicaca, est la plaine de Tiahuanaco qui semble
avoir été moins la capitale d’un grand empire qu’un lieu de culte qui a
donné naissance à un style répandu jusque sur la côte du Pacifique.
Nous nous y sommes rendus pour admirer ce qui reste de ce sanctuaire
dont la plupart des stèles ont été transportées à La Paz. Il subsiste la célèbre
porte du Soleil dont les faibles dimensions nous ont quelque peu déçus. Mais
du moins, sur le linteau est sculptée en bas-relief l’image du dieu Viracocha
qui domine toute l’histoire du lac Titicaca. Sa tête est entourée des rayons
du soleil, dans chaque main, il tient un sceptre orné de plusieurs têtes de
condor.
Les ruines de Tiahuanaco s’étendent sur des kilomètres que dominent
un tumulus et une pyramide tronquée. Tout cet ensemble devait constituer
une capitale religieuse dont le secret est perdu. C’est peut-être sous la vase
du lac que le secret de toute cette activité religieuse est enfouie. Notre
regret aura été de ne pas pouvoir descendre assez profondément dans cette
boue pour aller y chercher les traces de cette civilisation pré-inca.
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