LE PEUPLE DES JONCS 133
Les tubercules de totora ou « krouzas » sont consommées comme
aliments et les Urus en tirent même une boisson fermentée. Ils ont en outre
domestiqué les cormorans et les élèvent comme des poulets pour les manger.
Un Martien chez les Urus
A ce peuple superstitieux, dernier vestige d’une civilisation très ancienne,
nous avons imposé une rude épreuve. Notre camarade Jean-Clair Riant
s’est mis à l’eau sur la berge et il est parti pour l’île flottante en plongée.
Ecartant alors les joncs, il a fait une brusque apparition sur la place du
village uru. Avec son masque, son scaphandre, sa combinaison de plongée,
il faisait assez bien figure d’un monstre surgissant du lac. Mais il n’a
pourtant pas obtenu le succès qu’il espérait. Les Urus l’ont regardé un
moment, puis sans mot dire, ils sont retournés à leurs occupations. Je crois
qu’ils n’ignoraient rien de ce que nous faisions et ils nous surveillaient.
Bien qu’ils vivent sur l’eau, ils en ont peur. Ils croient que celui qui
y tombe meurt aussitôt. Ils ne voulaient pas qu’on les photographie car
selon une croyance répandue chez de nombreux peuples, l’appareil photographique s’empare des âmes en même temps que des visages. Mais l’arrivée
inopinée de Jean-Clair Riant a opéré une diversion qui nous a permis de
filmer le village uru avec une relative liberté. Après quoi, il ne resta plus
à notre plongeur qu’à se retirer par où il était venu.
Lorsqu’il a repris terre sur le rivage du lac, il a fallu le nettoyer énergiquement. En effet, le dessous de l’île flottante n’est qu’un affreux magma
de détritus et d’ordures et notre camarade sentait très mauvais.
Les Urus sont les plus anciens habitants de cette région des Andes.
Au bord du lac Titicaca, ils ont précédé non seulement les Incas, mais les
Aymaras. Ils sont considérés comme les derniers survivants de la population
primitive du continent américain.
Selon différents auteurs, ces Urus offrent beaucoup de points communs
avec les tribus amazoniennes. Leur langue, le puquina, se rapproche de
l’arawak, l’une des langues principales de l’Amérique tropicale. Ils auraient
quitté le bassin de l’Amazone et gagné la montagne dans des conditions
demeurées obscures.
Ils ne sont plus guère que deux cents et même ils sont métissés. On en
trouve encore quelques-uns à Irou-Itou, un hameau au bord de la rivière
Desaguadero, à 40 kilomètres de l’endroit où elle sort du lac Titicaca pour
aller se jeter vers le sud dans un lac d’eau saumâtre : le Poo Po.
Double page suivante : Jean-Clair Riant fait surface au milieu de l'île des Urus dont il a traversé
la plateforme de joncs flottants.
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