132 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
plus longues que le corps. Le plus étrange, c est qu ils ne sont pas du tout
semblables. Ils diffèrent par leur couleur qui va du jaune au brun foncé.
Certains ont des dessins, des taches de formes et de teintes très diverses.
Nous avons calculé qu’il devait y avoir dans le lac Titicaca un milliard
de ces crapauds. J’en ai envoyé quelques spécimens à l’institut Océanographique de Monaco, pour une étude plus approfondie.
Ces animaux n’ont jamais contribué à l’alimentation des gens qui
vivent autour du lac. Pourtant, ils sont comestibles et ils pourraient constituer une source appréciable de protéines. Depuis notre séjour sur place,
un organisme bolivien de recherches industrielles a commencé à faire des
conserves de cuisses de crapauds. La peau est utilisée comme cuir de luxe
pour la maroquinerie. Cette nouvelle industrie semble prospérer.
Au cours de leurs explorations, les plongeurs de la Calypso ont fait
une autre découverte qui nous a intrigués : ils ont trouvé dans les herbes
une grande quantité de poissons morts : certains gonflés, d’autres étrangement déformés. Ces poissons souffraient de furonculose et de parasites
transmis peut-être par des truites dont on avait peuplé le lac quelques
années plus tôt, et qui y avaient d’abord prospéré, offrant aux populations
un appoint de nourriture appréciable. Une fois de plus, les hommes bien
intentionnés ont joué à l’apprenti sorcier. Chaque fois qu’on modifie artificiellement un milieu, on n’en peut prévoir les conséquences.
Ces poissons ne pouvaient pas avoir été tués par les crapauds qui se
nourrissent d’insectes aquatiques et de petits mollusques. Les oiseaux qui
sont nombreux sur les rives du lac ne s’attaquent pas non plus aux poissons. Pour résoudre cette énigme, j’ai prélevé quelques spécimens que j’ai
également envoyés à l’institut Océanographique de Monaco où ils ont été
examinés et disséqués.
Il nous restait encore à découvrir la population mystérieuse qui habite
sur le lac même : les Unis qui ont construit leurs huttes sur des îles flottantes.
Ils représentent une civilisation des joncs.
Une certaine espèce de roseau qui pousse en abondance dans le lac
et qu’ils appellent « totora » leur sert à construire de très beaux bateaux
aux deux pointes effilées, et dont la voile même est faite de joncs. Le
totora est utilisé pour la construction de huttes et c’est le matériau des
îles flottantes. Lorsque les premières couches de roseaux sont pourries, on
étale par dessus d’autres joncs fraîchement coupés. Il arrive aussi que les
foyers allumés par les Urus pour faire leur cuisine mettent le feu à l’île.
Tout le monde alors s’entasse dans les pirogues et attend patiemment que
l’incendie prenne fin.
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