114 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
A bord du ponton nous nous apercevons que le compresseur lui-même
a des problèmes du même genre que ceux des plongeurs. L’air ne fournit
pas assez d’oxygène pour le démarrage du moteur et c’est le docteur qui
trouve le remède. Il suffit pendant les premières minutes d’alimenter le
carburateur avec des bouteilles d’oxygène pur.
A la suite de toutes ces difficultés, nos plongeurs éprouvent en surface
le sentiment d’avoir changé de planète. Le poids seul de l’équipement est
une épreuve physique considérable.
Le Dr Jacques Tassy enregistre leurs pulsations. Leur pouls est à 95
et le seul fait de respirer dans le détendeur leur impose un grand effort.
Michel Deloire et Bernard Delemotte descendent. Et tandis qu’ils
s’enfoncent lentement avec appréhension, ils ressentent un bien-être intense.
Ce soulagement est facile à comprendre : à 4 000 mètres d’altitude, la pression atmosphérique est presque réduite de moitié. A chaque inspiration, les
poumons ne reçoivent que leur demi-ration d’oxygène. Dans l’eau, à 5 mètres
de la surface, la pression pour le plongeur est d’une atmosphère et la dose
d’oxygène qu’il respire est redevenue normale.
Peu à peu l’adaptation des plongeurs se fera et surtout nous réussirons
à résoudre un problème physiologique du plus haut intérêt. Il s’agissait de
vérifier dans quelle proportion les différences de pression entre l’atmosphère
à la surface et celle qui règne à une profondeur déterminée imposeraient la
rectification des tables de décompression établies au niveau de la mer.
Les calculs théoriques se sont trouvés vérifiés, mais il a fallu constater
qu’une plongée à 30 mètres dans le lac Titicaca exigeait des précautions
correspondant à celles qui sont prises pour une plongée à 50 mètres dans
les eaux de l’océan. Dans la pratique, les paliers au cours de la remontée
ont été faits à 3,60 mètres et 1,80 mètre au lieu de 6 mètres et de 3 mètres,
chiffres habituels au niveau de la mer.
Ces épreuves ont été rendues particulièrement pénibles par des alternances de froid intense et de chaleur tropicale. Les déplacements à l’air
libre, à l’entrée dans l’eau et à la sortie, exigeaient des efforts inhabituels
de la part des hommes équipés du scaphandre. Il fallait d’ailleurs les aider
à s’habiller et à placer les bouteilles sur leurs épaules.
Mais de jour en jour, à chaque nouvelle plongée, nos camarades,
Delemotte, Deloire, et bientôt Albert Falco et Jean-Clair Riant, qui se sont
mis à l’eau à leur tour, supportent mieux cette épreuve.
Le Dr Tassy soumet les plongeurs à un examen approfondi et les
interroge à chaque retour en surface.
— Ca va mieux qu’hier ? Tu n’as pas de maux de tête ? Pas de
nausée, pas d’essoufflement non plus ?
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