112 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
Tout autour du lac nous apercevons de vastes cultures en terrasse. Ce
sont les restes des champs irrigués et des jardins des Incas qui ont pratiqué
ici une culture savante.
Pourtant le climat est rude. Au cours de ces premiers jours nous nous
laissons surprendre par le froid qui s’abat sur nous dès que le soleil est
caché par les nuages ou disparaît derrière les montagnes. Les changements
de température sont brutaux. Le thermomètre le soir n’atteint pas 10° et
nous nous équipons de bonnets et de chandails de laine, que les habitants
du pays s’empressent de nous vendre. Mais dès que le soleil apparaît, la
chaleur est accablante. Notre peau est bientôt mise à rude épreuve, nos
mains et nos visages se couvrent de véritables brûlures alors que nous frissonnons dès que nous passons du côté de l’ombre.
A Tiquina un ponton nous attend et il nous faut une fois de plus
déplacer notre matériel pour gagner Copacabana. Heureusement l’aide delà marine bolivienne nous est acquise et elle est précieuse. Ce sont deux
Boliviens qui conduisent la barge qui se déplace très lentement avec deux
petits moteurs, mais qui est assez grande pour contenir les deux puces, le
compresseur pour recharger les bouteilles et les 17 hommes de l’expédition.
Si nous avons choisi pour base la presqu’île de Copacabana c’est à
cause de la proximité des îles sacrées du Soleil et de la Lune. Nous
avons pensé que c’était sans doute le meilleur endroit pour commencer nos
recherches.
Le paysage est admirable. Un cercle de montagnes enneigées dont la
base est grise, noire, rouge, entoure le lac. Presque tous les versants ont été
entaillés pour ménager des milliers de champs étroits. On a l’impression
que cette région a été autrefois intensément cultivée mais les cultures ont
été presque partout abandonnées. Le pays apparaît dans son ensemble d’une
couleur d’ocre jaune avec des coulées noires. A Copacabana s’élèvent de
grands eucalyptus et nous découvrons la fleur du Titicaca, une corolle rouge
et jaune qui a donné ses couleurs au pavillon bolivien. Nous voyons le soleil
se coucher sur le lac du côté de Puno, des nuages très bas traînent au ras
des îles.
Nous avons froid. Notre hôtel de Copacabana est sans confort et tout
le monde commence à souffrir plus ou moins de la nourriture locale. Mais
il y a des fêtes dans l’air et les nuits sont pleines de musique.
Notre arrivée avec tout notre matériel et les soucoupes a fait sur la
population une impression dont il nous est difficile de mesurer l’ampleur.
Le bruit s’est déjà répandu que nous allions grâce à nos engins violer les
mystères de ce lac qui a toujours pour les habitants un caractère sacré. Les
soucoupes paraissent monstrueuses, dangereuses, presque sacrilèges. Les
Précédent

- 113/305

Suivant