DES PLONGEURS ESCALADENT LES ANDES 105
Un départ mouvementé
C’est dans le port péruvien de Matarani, tête de ligne de cet audacieux
chemin de fer, que nous avons pris le départ pour cette expédition à travers
les montagnes. La Calypso y a fait escale le 2 octobre. La mer était grise,
sale, le ciel bas et le courant de Humboldt, qui longe la côte du Pacifique,
refroidissait tout le pays. Une grosse houle verte venait frapper des rochers
escarpés. Il pleuvait. Les superstructures de la Calypso ruisselaient d’humidité. Nous nous taisions.
Les préparatifs pour cette expédition sans précédent au cœur des
Andes, avec un lourd matériel de plongée, nous ont vite sortis de notre
torpeur.
Le plus simple est de reproduire ici le journal de Claude Caillart,
capitaine de la Calypso, et qui a eu toute la responsabilité de ces préparatifs.
Mercredi 2 octobre. - Nous arrivons à Matarani à 14 heures 10. Un
remorqueur tourne autour de nous et une barcasse nous accoste avec le
pilote et les autorités. Je signe beaucoup de papiers et je reviens à la
passerelle surveiller l’accostage. Je dis au pilote de ne pas faire appel au
remorqueur. Il passe outre et ce remorqueur nous enfonce le pavois à
tribord.
Michel Deloire (1) nous attend sur le quai. Il m’apprend que le départ
par le train est fixé à samedi 11 heures 30. Gaston (2) est furieux, il espérait
avoir 8 jours pour préparer les soucoupes plongeantes qu’il faut alléger
pour les faire descendre en eau douce.
Jeudi 3 octobre. - Plusieurs délégués de la douane se succèdent, visitent
le bateau, s’assoient, discutent, boivent et signent de gros feuillets de papiers.
Je ne sais pas trop leur grade et ce qu’ils font là, mais à tout hasard je les
remercie chaleureusement.
Arrive alors un journaliste de Lima qui prend d’innombrables photos.
J’apprends par lui que le gouvernement du Pérou a été renversé ainsi que
le Président de la République. Mais la nouvelle n’est pas confirmée.
A bord tout le monde emballe, cloue, range et inspecte son matériel.
Vendredi 4 octobre. - A 8 heures, instant prévu pour le début de
l’embarquement dans le train, personne n’est prêt, pas même notre train
spécial qui ne peut pas passer sous une espèce de tapis roulant-aspirateur
(1) Michel Deloire, notre cinéaste, était venu en éclaireur.
(2) Gaston est le mécanicien responsable des soucoupes plongeantes.
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