104 TROIS AVENTURES DE LA CALYPSO
engins étranges qu’il veut nous faire escalader les Andes dans un temps
record. Aussi profite-t-il de chaque descente pour se lancer à toute allure
sur cette voie impossible qui suit 1 ancienne route des Incas a travers les
montagnes. Certes le Pérou moderne a accompli un exploit en faisant passer
une voie ferrée dans ces défilés vertigineux. Mais le tracé est tellement
accidenté, les virages si courts que le train ne peut pas tourner en une
seule fois et qu’il lui faut à certains endroits faire marche arrière. C’est le
moment dangereux car malgré un serre-frein sur chaque voiture le convoi
est entraîné vers la pente.
Au départ le train avait d’abord gravi avec peine un versant abrupt.
A 1 300 mètres nous sortons enfin de toute cette crasse pour déboucher
au soleil. Nous comprenons que les populations andines aient fait du soleil
un dieu. Dieu implacable, il brillait dans un paysage d’une dureté minérale
sous un ciel infiniment bleu. En dessous de nous les nuages s’étageaient en
couches comme si le reste du monde était à jamais enfoui sous l’eau.
Le plus dur est fait. A partir de Cruzero Alto, l’expédition va descendre
de quelques centaines de mètres pour atteindre le but de tant d’efforts : le
lac Titicaca où pour la première fois une équipe sous-marine va plonger
en disposant d’un équipement comme on n’en a jamais transporté sur le
toit du monde.
A Pampa de Arriéres notre convoi s’est arrêté pour laisser passer un
train qui descendait. C’était notre première rencontre avec ces indiens
Aymaras dont l’origine remonte aux plus hautes civilisations andines. Nous
les regardions et ils nous regardaient à leur tour. Certes notre commune
curiosité était intense, mais la possibilité de nous exprimer et de nous
comprendre était très limitée. Nous nous sentions séparés par un abîme
comparable à celui qu’il y a entre la hauteur des Andes et la profondeur
de la mer.
Lentement le train a repris son ascension et sur les pentes de la
montagne, une des premières révélations qui nous attendait était l’apparition
des lamas* et des alpacas*. Etranges animaux dont le port est fier, mais
qui se mettent parfois à courir avec une gaucherie prétentieuse et efficace.
Nous devions au cours de notre séjour rencontrer beaucoup de troupeaux
de lamas et d’alpacas sans que notre étonnement et notre sympathie pour
ces animaux s’amoindrissent. Il est impossible de leur faire porter une
charge de plus de 40 à 50 kilos. On tuerait le lama sur place sans réussir
à vaincre son obstination. Aussi cet animal, qui fut si utile à la population
andine surtout en lui fournissant sa laine, n’a-t-il rendu finalement que des
services limités à toutes les populations qui se sont succédé dans ces régions.
Jamais aucun homme n’a réussi à monter sur un lama.
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