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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Alger, 9 avril. Bribe par bribe, malgré la censure des journaux et de la
radio, la vérité se reconstitue sur ce qu’il faut bien appeler les massacres de
Constantine du jeudi 29 mars.
J’ai rencontré dans les rues d’Alger des personnalités musulmanes constantinoises qui se sont réfugiées dans la capitale pour sauver leur vie, écrit le
journaliste. J’ai également eu de longues conversations avec des démocrates
européens expulsés de Constantine vendredi 6 avril sur ordre du préfet
Dupuch. [Dans sa lettre-rapport du 31 mars au cabinet du ministre résidant,
le préfet faisait déjà état de l’arrestation de plusieurs personnalités, dont
M. Gaba, conseiller général, et le Dr Haddam, chirurgien dentiste}. Car on
en est là. Après les exactions commises par les ultras, après les débordements
sanguinaires d’une police à leurs ordres, les premières mesures administratives
sont prises contre les démocrates. Plus d’une centaine de musulmans ont été
dirigés vers les camps [dont celui pudiquement désigné comme « centre de
résidence surveillée » de Djorf}. Une trentaine d’Européens (syndicalistes,
anciens élus, dont M. Pugliese, ex-premier adjoint de la municipalité socialiste-communiste) ont été expulsés. Cependant le fils Sammarcelli [...] n’a pas
été arrêté, contrairement à ce qui a été dit, mais « mis à l’abri », la police
s’étant arrangée pour l’embarquer immédiatement à bord d’un avion. En attendant, « on cherche à faire le jour sur cette affaire obscure », dit la presse
colonialiste.
[...] C’est à partir de 16 heures, ce jeudi, que les rafles commencèrent dans
le quartier des Ouled Braham, à Constantine. Elles devaient se poursuivre
toute la nuit. Les soldats et les policiers appuyés par des miliciens, pénétrant
de force dans les maisons, en expulsèrent les occupants. Le tout accompagné
de brutalités inouïes, de dévastations (meubles brisés, vaisselle cassée) et de
pillages (devantures des bijouteries enfoncées et dévalisées).
Rien que de très « classique » que ces scènes de répression ; la population musulmane en subira beaucoup d’autres après des attentats dont
elle était en quelque sorte la victime complémentaire, mais le journaliste
de L'Humanité dépasse les limites du vraisemblable en annonçant « 400
cadavres » dans un intertitre... immédiatement remis en cause :
Pendant ce temps, la fusillade éclatait en divers points de la ville. Combien
d’hommes tombaient ? On cite [souligné par nous} le chiffre de 400 cadavres
jetés pêle-mêle dans des fosses communes creusées au Polygone. Au cimetière
musulman, les fossoyeurs creusaient les tombes, et les policiers et la troupe
jetaient eux-mêmes les corps dans les fosses, tandis que les fossoyeurs,
témoins gênants, étaient expulsés. Des listes de « personnalités à abattre »
dressées à l’avance étaient également utilisées. [Lettre-rapport du préfet
Dupuch au ministre résidant : « Ces contrôles ont permis d’arrêter une trentaine [sic] d’individus qui étaient recherchés par la Police et qui avaient
réussi, jusqu 'alors, à échapper à toutes les recherches et à toutes les vérifications}. C’est ainsi qu’ont été assassinés les militants syndicalistes et syndicaux
[dont on se garde de donner les noms}.
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Alger, 9 avril. Bribe par bribe, malgré la censure des journaux et de la
radio, la vérité se reconstitue sur ce qu’il faut bien appeler les massacres de
Constantine du jeudi 29 mars.
J’ai rencontré dans les rues d’Alger des personnalités musulmanes constantinoises qui se sont réfugiées dans la capitale pour sauver leur vie, écrit le
journaliste. J’ai également eu de longues conversations avec des démocrates
européens expulsés de Constantine vendredi 6 avril sur ordre du préfet
Dupuch. [Dans sa lettre-rapport du 31 mars au cabinet du ministre résidant,
le préfet faisait déjà état de l’arrestation de plusieurs personnalités, dont
M. Gaba, conseiller général, et le Dr Haddam, chirurgien dentiste}. Car on
en est là. Après les exactions commises par les ultras, après les débordements
sanguinaires d’une police à leurs ordres, les premières mesures administratives
sont prises contre les démocrates. Plus d’une centaine de musulmans ont été
dirigés vers les camps [dont celui pudiquement désigné comme « centre de
résidence surveillée » de Djorf}. Une trentaine d’Européens (syndicalistes,
anciens élus, dont M. Pugliese, ex-premier adjoint de la municipalité socialiste-communiste) ont été expulsés. Cependant le fils Sammarcelli [...] n’a pas
été arrêté, contrairement à ce qui a été dit, mais « mis à l’abri », la police
s’étant arrangée pour l’embarquer immédiatement à bord d’un avion. En attendant, « on cherche à faire le jour sur cette affaire obscure », dit la presse
colonialiste.
[...] C’est à partir de 16 heures, ce jeudi, que les rafles commencèrent dans
le quartier des Ouled Braham, à Constantine. Elles devaient se poursuivre
toute la nuit. Les soldats et les policiers appuyés par des miliciens, pénétrant
de force dans les maisons, en expulsèrent les occupants. Le tout accompagné
de brutalités inouïes, de dévastations (meubles brisés, vaisselle cassée) et de
pillages (devantures des bijouteries enfoncées et dévalisées).
Rien que de très « classique » que ces scènes de répression ; la population musulmane en subira beaucoup d’autres après des attentats dont
elle était en quelque sorte la victime complémentaire, mais le journaliste
de L'Humanité dépasse les limites du vraisemblable en annonçant « 400
cadavres » dans un intertitre... immédiatement remis en cause :
Pendant ce temps, la fusillade éclatait en divers points de la ville. Combien
d’hommes tombaient ? On cite [souligné par nous} le chiffre de 400 cadavres
jetés pêle-mêle dans des fosses communes creusées au Polygone. Au cimetière
musulman, les fossoyeurs creusaient les tombes, et les policiers et la troupe
jetaient eux-mêmes les corps dans les fosses, tandis que les fossoyeurs,
témoins gênants, étaient expulsés. Des listes de « personnalités à abattre »
dressées à l’avance étaient également utilisées. [Lettre-rapport du préfet
Dupuch au ministre résidant : « Ces contrôles ont permis d’arrêter une trentaine [sic] d’individus qui étaient recherchés par la Police et qui avaient
réussi, jusqu 'alors, à échapper à toutes les recherches et à toutes les vérifications}. C’est ainsi qu’ont été assassinés les militants syndicalistes et syndicaux
[dont on se garde de donner les noms}.
