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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Les opérations s’étalent sur toute la journée et une partie de la nuit,
plusieurs quartiers musulmans sont successivement ou simultanément
cernés... Le préfet Dupuch lui-même informe le résidant général, dans
son rapport du 31 mars, que « de très nombreuses visites domiciliaires
ont été effectuées méthodiquement et près de 10 000 hommes ont été
conduits dans les locaux de la Police pour des vérifications diverses et
attentives... ».
« Visites domicilaires », 10 000 hommes contrôlés « dans les locaux
de la Police » ? Constantine innove par les proportions des méthodes
d’« investigation », dont on se doute qu’elles ne se sont pas caractérisées par une parfaite courtoisie. Au reste, les documents officiels
avouent deux « problèmes » au cours de cette nuit du 29 mars. C’est
encore le commissaire Pinelli qui s’en explique, le 31 mars :
[...] vers 21 heures, pendant le déroulement d’une rafle effectuée au quartier
arabe, quelques individus ont tenté de fuir en empruntant les gorges du Rhummel, rive gauche, certains en amont, d’autres en aval, du Pont de Sidi-Rached.
Le cordon de sécurité constitué par l’armée sur la rive droite du Rhummel
a ouvert le feu.
Le 30 mars dans la matinée, cinq cadavres ont été dénombrés...
Délits de fuite, ce sera, le 29 mars 1956, l’alibi commode, et souvent
repris par la suite... Pas plus tard que... ce 31 mars, le commissaire
Pinelli reprend la même antienne dans un troisième message au préfet
Dupuch qui d’ailleurs répercute ces versions successives sur le cabinet
de Robert Lacoste :
[...] vers 23 heures [deux heures plus tard, par conséquent], au cours des
opérations de tri effectuées en diverses parties de la Ville, 8 individus reconnus
comme particulièrement suspects ou devant faire l’objet d’un contrôle plus
approfondi ont été remis à l’Armée en vue de les isoler de la façon la plus
absolue (les geôles et les locaux des services de police étant encombrés par
plusieurs milliers de personnes).
Selon les renseignements communiqués par la Gendarmerie, il avait été
décidé que ces individus seraient conduits à la Gendarmerie du Khroub.
Au cours du transfèrement, profitant d’un accident mécanique, les prisonniers ont tenté d’immobiliser leurs gardiens et de fuir.
Ces derniers ont alors ouvert le feu et ils ont été abattus...
Le commissaire central donne ensuite la liste des huit « individus »
— tous étaient domiciliés à Constantine — et leur profession : laitier,
moniteur de menuiserie, employé à La Dépêche de Constantine,
employé à l’EGA (Electricité-Gaz d’Algérie), professeur d’arabe,
commis principal à l’hôpital civil, fripier, journalier. Tous des travail
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Les opérations s’étalent sur toute la journée et une partie de la nuit,
plusieurs quartiers musulmans sont successivement ou simultanément
cernés... Le préfet Dupuch lui-même informe le résidant général, dans
son rapport du 31 mars, que « de très nombreuses visites domiciliaires
ont été effectuées méthodiquement et près de 10 000 hommes ont été
conduits dans les locaux de la Police pour des vérifications diverses et
attentives... ».
« Visites domicilaires », 10 000 hommes contrôlés « dans les locaux
de la Police » ? Constantine innove par les proportions des méthodes
d’« investigation », dont on se doute qu’elles ne se sont pas caractérisées par une parfaite courtoisie. Au reste, les documents officiels
avouent deux « problèmes » au cours de cette nuit du 29 mars. C’est
encore le commissaire Pinelli qui s’en explique, le 31 mars :
[...] vers 21 heures, pendant le déroulement d’une rafle effectuée au quartier
arabe, quelques individus ont tenté de fuir en empruntant les gorges du Rhummel, rive gauche, certains en amont, d’autres en aval, du Pont de Sidi-Rached.
Le cordon de sécurité constitué par l’armée sur la rive droite du Rhummel
a ouvert le feu.
Le 30 mars dans la matinée, cinq cadavres ont été dénombrés...
Délits de fuite, ce sera, le 29 mars 1956, l’alibi commode, et souvent
repris par la suite... Pas plus tard que... ce 31 mars, le commissaire
Pinelli reprend la même antienne dans un troisième message au préfet
Dupuch qui d’ailleurs répercute ces versions successives sur le cabinet
de Robert Lacoste :
[...] vers 23 heures [deux heures plus tard, par conséquent], au cours des
opérations de tri effectuées en diverses parties de la Ville, 8 individus reconnus
comme particulièrement suspects ou devant faire l’objet d’un contrôle plus
approfondi ont été remis à l’Armée en vue de les isoler de la façon la plus
absolue (les geôles et les locaux des services de police étant encombrés par
plusieurs milliers de personnes).
Selon les renseignements communiqués par la Gendarmerie, il avait été
décidé que ces individus seraient conduits à la Gendarmerie du Khroub.
Au cours du transfèrement, profitant d’un accident mécanique, les prisonniers ont tenté d’immobiliser leurs gardiens et de fuir.
Ces derniers ont alors ouvert le feu et ils ont été abattus...
Le commissaire central donne ensuite la liste des huit « individus »
— tous étaient domiciliés à Constantine — et leur profession : laitier,
moniteur de menuiserie, employé à La Dépêche de Constantine,
employé à l’EGA (Electricité-Gaz d’Algérie), professeur d’arabe,
commis principal à l’hôpital civil, fripier, journalier. Tous des travail
