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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
rejoindre les postes, ne serait-ce que pour poser des problèmes et des cas de
conscience...
La « deuxième hypothèse » se révélant de plus en plus probable
— reprise et réussite vraisemblable des négociations gouvernement
français-FLN —, l’OAS, après les échecs successifs d’Evian et de
Lugrin en juin et en juillet, multiplie les attentats. Cette relance de son
action terroriste s’explique également par un sentiment d’isolement de
plus en plus grand, un désaveu grandissant de l’opinion métropolitaine,
le constat de la consolidation du pouvoir et de ses facultés à faire face
à l’épreuve, et l’apparition en Algérie du Mouvement (gaulliste) Pour
la Coopération (MPC), dont le but affiché est de la contrer sur tous les
plans.
En une seule journée, le 16 décembre, à Oran, le colonel Rançon,
qui appartient à la Sécurité militaire, est assassiné, tandis qu’un attentat
vise le navire Laita dont les équipements servaient à relayer les programmes de la métropole depuis le sabotage des émetteurs d’Alger. Un
quartier-maître et plusieurs marins sont tués dans cet attentat, ce qui est
contraire aux projets initiaux de l’OAS qui excluaient les actions contre
les militaires.
Les attentats et les assassinats dont l’origine n’est pas toujours définie — certains sont à mettre au compte du MPC, d’autres sont imputables au FLN et à l’OAS qui a pourtant déclaré la « trêve de Dieu »
pour la fin de l’année — sont évalués, selon des sources officielles, à
quatre-vingt-dix pour ce seul mois de décembre 1961.
L’armée s’inquiète aux plus hauts niveaux du désordre qui fait tache
d’huile et multiplie les avertissements sur les agissements de l’OAS.
Témoin cette Note de service du colonel de Froment, commandant le
secteur de Blida. Datée du 17 décembre 1961 et diffusée comme de
coutume sous le signe «Secret33», elle a pour objet les «Activités
subversives OAS — Mise en garde », et les destinataires en sont les
commandants des quartiers de Koléa Tefeschoun, Boufarik, Marengo,
Sidi Fodhil, El-Affroun. C’est un recensement précis, un descriptif des
moyens mis en œuvre par l’organisation secrète et un énoncé des
mesures de précaution, de contrôle et d’action directe :
1. Depuis quelques jours, l’OAS s’est manifestée sur le Secteur de blida
par quelques attentats ou enlèvements de personnes exécutés avec audace.
Ont été relevés, en particulier, les faits suivants :
— Attentat au PM contre un inspecteur de police dans les rues de Blida ;
celui-ci a été grièvement blessé. Les tueurs, au nombre de trois, ont tiré d’une
voiture Peugeot 403 noire qui a pris la fuite et a été retrouvée quelques heures
plus tard abandonnée par ses occupants mais contenant l’arme du crime (PM
emporté par un déserteur).
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