Les fausses espérances et le chaos
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de l’opération, j’irai quelques jours avant m’installer auprès de vous pour le
meilleur et pour le pire.
En fait, d’« opération » — le général Salan se berçant d’illusions sur
les chances d’une insurrection générale — l’une des premières actions
de l’OAS depuis l’échec du putsch d’avril s’était traduite par une exécution sommaire : le 31 mai, le commissaire Roger Gavoury qui avait été
chargé de diligenter les enquêtes contre ses réseaux était assassiné.
Entre-temps, le 6 mai, le général Zeller s’était rendu aux autorités
militaires d’Alger, et le 8 mai le général de Gaulle avait, au cours d’une
allocution radiotélévisée, affirmé que le gouvernement entendait obtenir
le « châtiment des égarés ». Abordant la question de l’avenir de l’Algérie, il déclarait que l’objectif était de former « un État souverain associé
à la France », faute de quoi il faudrait envisager le regroupement des
Français sur le territoire, et en tout cas veiller à assurer leur sécurité.
Le 20 mai, surtout, les délégations françaises et le FLN, conduites
respectivement par Louis Joxe et Krim Belkacem, commençaient à
Evian des pourparlers qui avaient été accompagnés de la libération de
6 000 internés nationalistes, et du transfert de Ben Bella et de ses
compagnons de l’île d’Aix au château de Turquant, près de Saumur. Ils
étaient alors placés en résidence surveillée. Cependant, le dialogue entre
les représentants du gouvernement français et le FLN s’annonçait mal,
celui-ci déclarant qu’il interprétait comme une « grossière manœuvre »
la trêve des combats d’une durée d’un mois décidée unilatéralement par
la France. Le 31 mai, jour de l’assassinat du commissaire Gavoury, les
généraux Challe et Zeller étaient condamnés à quinze ans de détention
par le tribunal militaire.
Mais comment perçoit-on dans les milieux officiels d’Alger, un mois
après les événements d’avril, l’action de l’OAS, comment évalue-t-on
la menace qu’elle représente, en un mot, que sait-on de l’organisation
secrète ?
Malgré la proximité de l’événement, les analystes de la Délégation
générale tracent des pistes très intéressantes, comme en témoigne cette
note secrète du Bureau d’études des Affaires politiques en date du
24 mai qui lance d’ailleurs, à l’intention de ses destinataires — ministre
d’État chargé des Affaires algériennes, délégué général en Algérie,
directeur de la Sûreté nationale en Algérie, préfets de police d’Alger
et d’Oran, etc. —, un avis les encourageant à compléter ses propres
informations. Le document est signé du « Lt-Colonel Thozet, directeur
du Cabinet militaire » de la Délégation générale20 :
— Le putsch militaire a été l’oeuvre de militaires à 1 exclusion de « civils ».
— Les « civils » ne sont intervenus que dans une seconde phase
pillage
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de l’opération, j’irai quelques jours avant m’installer auprès de vous pour le
meilleur et pour le pire.
En fait, d’« opération » — le général Salan se berçant d’illusions sur
les chances d’une insurrection générale — l’une des premières actions
de l’OAS depuis l’échec du putsch d’avril s’était traduite par une exécution sommaire : le 31 mai, le commissaire Roger Gavoury qui avait été
chargé de diligenter les enquêtes contre ses réseaux était assassiné.
Entre-temps, le 6 mai, le général Zeller s’était rendu aux autorités
militaires d’Alger, et le 8 mai le général de Gaulle avait, au cours d’une
allocution radiotélévisée, affirmé que le gouvernement entendait obtenir
le « châtiment des égarés ». Abordant la question de l’avenir de l’Algérie, il déclarait que l’objectif était de former « un État souverain associé
à la France », faute de quoi il faudrait envisager le regroupement des
Français sur le territoire, et en tout cas veiller à assurer leur sécurité.
Le 20 mai, surtout, les délégations françaises et le FLN, conduites
respectivement par Louis Joxe et Krim Belkacem, commençaient à
Evian des pourparlers qui avaient été accompagnés de la libération de
6 000 internés nationalistes, et du transfert de Ben Bella et de ses
compagnons de l’île d’Aix au château de Turquant, près de Saumur. Ils
étaient alors placés en résidence surveillée. Cependant, le dialogue entre
les représentants du gouvernement français et le FLN s’annonçait mal,
celui-ci déclarant qu’il interprétait comme une « grossière manœuvre »
la trêve des combats d’une durée d’un mois décidée unilatéralement par
la France. Le 31 mai, jour de l’assassinat du commissaire Gavoury, les
généraux Challe et Zeller étaient condamnés à quinze ans de détention
par le tribunal militaire.
Mais comment perçoit-on dans les milieux officiels d’Alger, un mois
après les événements d’avril, l’action de l’OAS, comment évalue-t-on
la menace qu’elle représente, en un mot, que sait-on de l’organisation
secrète ?
Malgré la proximité de l’événement, les analystes de la Délégation
générale tracent des pistes très intéressantes, comme en témoigne cette
note secrète du Bureau d’études des Affaires politiques en date du
24 mai qui lance d’ailleurs, à l’intention de ses destinataires — ministre
d’État chargé des Affaires algériennes, délégué général en Algérie,
directeur de la Sûreté nationale en Algérie, préfets de police d’Alger
et d’Oran, etc. —, un avis les encourageant à compléter ses propres
informations. Le document est signé du « Lt-Colonel Thozet, directeur
du Cabinet militaire » de la Délégation générale20 :
— Le putsch militaire a été l’oeuvre de militaires à 1 exclusion de « civils ».
— Les « civils » ne sont intervenus que dans une seconde phase
pillage
