Le 13 mai ou la grande illusion1
Tandis que les engagements redoublaient en nombre et en spectaculaire à la frontière tunisienne, la IVe République amorçait sa chute définitive. Il y avait eu des symptômes inquiétants pour le régime, comme
des manifestations de policiers, d’ailleurs organisées par l’extrême
droite, le 14 mars, devant l’Assemblée nationale, manifestations qui
avaient motivé la nomination de Maurice Papon, le jour même, au poste
de préfet de police. Celui-ci quittait ainsi la préfecture de Constantine
pour des fonctions les plus élevées, mais périlleuses dans cette période
qui s’annonçait très agitée, et attireraient sur lui, deux années plus tard,
les critiques et les foudres.
• 15 avril. Félix Gaillard est mis en minorité par l’Assemblée
— 321 voix contre 255 — sur sa politique algérienne. Le jeune président du Conseil n’a pas résisté à l’échec de la mission des bons offices
qui, après le drame de Sakiet, avait cherché à préparer l’ouverture d’un
dialogue débouchant sur une solution pacifique, et à rallier Habib Bourguiba. L’intransigeance de celui-ci sera déterminante, mais pas l’unique
raison de ce fiasco. En Algérie même l’opposition avait été immédiate
dans les milieux européens et reprise en compte par une partie de l’opinion en métropole où les partisans du général de Gaulle se montraient
de plus en plus virulents contre le régime.
• 26 avril. Nouvelle alerte. Malgré l’interdiction du gouvernement
général, 15 000 personnes représentant vingt-deux associations et mouvements — anciens combattants, partis politiques... —, regroupés dans
un « comité de vigilance », manifestent, à l’instigation des militants
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