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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Dès le 14 juin, la radio officielle marocaine avait participé au contrefeu :
La presse française de tendance progressiste a évoqué au cours de cette
semaine le massacre de Melouza. Elle a exprimé sa réprobation pour cette
boucherie et l’a imputée à l’Armée de libération sans tenir compte de ses
protestations indignées. Les milieux politiques français progressistes que nous
avons l’habitude de voir soutenir la cause des peuples colonisés montrent ainsi
qu’ils ont subi l’influence des milieux français réactionnaires [...]. Nul doute
que les prises de position de ces milieux qui avaient eu le mérite de divulguer
les exactions des troupes françaises et les opérations répressives dont elles se
sont rendues coupables, permettront au parti français de la guerre de persévérer
et d’opprimer un peuple faible engagé dans le combat..,
Jean Lartéguy, témoin des événements, donnait de son côté dans
Paris-Presse du 20 juin un exemple flagrant de désinformation à propos
d’un reportage-témoignage du journaliste tunisien Ben Smaïl :
Mohammed Ben Smaïl, rédacteur en chef de l’hebdomadaire tunisien « Action », vient de publier un grand article sur le massacre de Melouza.
Ben Smaïl a pu se rendre sur les lieux, au douar Aïn-Amiane et au village
de Kasbah. Il a fait son enquête en toute liberté ; il a interrogé en français les
deux officiers qui se trouvèrent sur les lieux ; le capitaine Courbette et le
lieutenant Dubos ; en arabe, les rescapés du massacre et leurs femmes.
Le Gouvernement français, en lui donnant toutes les autorisations et toutes
les facilités tenait à faire preuve de son entière bonne foi. Avant son départ à
Melouza, Ben Smaïl fut reçu par M. Lacoste qui lui déclara avec sa franchise
habituelle :
« Je ne me fais pas d’illusions sur ce que vous écrirez. Vous êtes ici pour
tirer le FLN d’un mauvais pas. Mais vous-même au moins vous serez
convaincu. »
J’étais avec Ben Smaïl dans l’hélicoptère qui nous amena et nous ramena,
poursuivait Lartéguy. J’étais avec lui dans le village désert de Kasbah d’où
montait une odeur atroce. Les morts avaient été enterrés sous quelques pelletées de terre et le soleil chauffait dur. J’ai fait cette enquête en sa compagnie,
j’ai recueilli les mêmes témoignages que lui et quand il s’agissait d’un Arabe,
un interprète me traduisait les questions et les réponses.
Je n’avais personne à défendre, personne à excuser et j’appartiens à un pays
où la presse ne sert pas encore de brosse à reluire aux puissants du jour et
d’accusateurs publics pour ceux qui n’ont plus le pouvoir.
[...]. J’aurais pour lui [MohammedBen Smaïl] toutes les excuses s’il m’avait
franchement avoué qu’il n’était pas journaliste mais l’homme de la « Propaganda Staffel » du FLN. Ben Smaïl écrit : « Le massacre de Melouza n’a pas
été commis par les soldats français mais l’Armée française l’a pour le moins
laisse s accomplir. Quant à savoir s’il n’en a été que passivement complice,
ou s il a suscité l’opération, on ne peut rien affirmer. L’hypothèse d’un crime
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