136
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
wilaya 5 (Oranie). Il prend ensuite le commandement des groupes
armés à Alger. « Chaque ville a une rue portant son nom dans l’Algérie
indépendante », écrit Benjamin Stora.
Les circonstances de la mort de Ben M’Hidi, le 3 mars, apportent de
nouveaux éléments au débat sur la torture et les disparitions douteuses,
la version du suicide soulevant dès l’origine de nombreuses contestations. Selon le général Massu48 qui se rapportait au témoignage de ses
subordonnés, Ben M’Hidi avait été transféré de la rue Claude-Debussy
dans un cantonnement du 3e RPC, en attendant d’être interrogé, puis,
pour des motifs obscurs de sécurité, dans le cantonnement du
commando du secteur de Maison-Carrée. Là, on l’installe dans une
pièce, sans prendre garde que celle d’à côté est encore encombrée de
divers objets... dont un fil de fer. Cette présence n’a pas échappé au
prisonnier qui se pend à 2,50 mètres du sol, en l’attachant à un tuyau
de chauffage placé horizontalement.
Le récit de la mort de Ben M’Hidi par pendaison sera confirmé par le
général Paul Aussaresses dans son ouvrage Services spéciaux — Algérie
1955-1957^, mais avec cette différence... qu’il revendiquera d’avoir
procédé à l’exécution avec l’aide de son propre commando.
Le cas Boumendjel est sans doute plus signicatif en raison de ses
effets médiatiques...
Coïncidence ? En tout cas, cette longue lettre50 mérite toute l’attention quand on en connaît la date — le 26 février 1957 —, le destinataire,
le ministre résidant, et l’expéditeur, le président du Bureau d’Études
des Réserves Interarmes (BERI) :
Monsieur le Ministre,
Toujours animés par le désir de participer de notre mieux à la lutte contre
la rébellion, nous avons l’honneur d’attirer respectueusement votre attention
sur l’un des aspects, primordial aux yeux de bien des observateurs, de cette
lutte que vous menez avec tant d’énergie et de lucidité.
Nombreux sont les Musulmans qui chaque jour nous signalent modestement
la contradiction flagrante qui existe dans la répression du terrorisme entre les
exécutants et leurs inspirateurs.
Il est certain, en effet, que parmi les premiers il y a une majorité de gens
qui, s’ils sont justiciables d’une plus grande sévérité, n’en ont pas moins agi
selon des consignes données par des personnages socialement et politiquement
beaucoup plus évolués.
Ceux-ci sont parfaitement connus, ne cachent pas leurs opinions pour la
plupart et, à quelques exceptions près, jouissent encore d’une liberté — et
dans certains cas d’une considération — dont ils font l’usage le plus funeste.
Sur le seul plan de la justice, cet état de chose est déjà regrettable. Il l’est
Précédent

- 129/420

Suivant