Du terrorisme à la répression
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Algérie, un des thèmes qui mobiliseront de nombreux officiers dans
leur ralliement au mouvement de mai 1958 :
Les forces de l’ordre stationnées en Algérie ont reçu la mission d’en assurer
la pacification. [Nous respectons les passages en gras du texte original.]
Le rôle qui leur est imparti appelle une explication préalable. Dans bien des
esprits, en effet, cette mission de pacification se confond avec celle qui
incombe à l’Armée, c’est de savoir faire la guerre.
Or pacifier est à la fois plus simple et plus compliqué.
Plus simple car une telle opération n’est possible que si la majorité des
habitants du pays est favorable à l’action des unités chargées de rétablir l’ordre
public et leur accorde un appui qui se manifeste de façons très diverses, depuis
le simple renseignement jusqu’à la participation active au combat, sous forme
de harkas, par exemple.
Plus simple aussi dans la phase terminale, les populations organisées en
autodéfense assurant elles-mêmes le maintien de l’ordre.
Plus compliqué, en ce sens que l’armée ne doit pas, dans ces conditions,
employer les moyens modernes de destruction dont elle dispose, et que son
potentiel d’action s’en trouve considérablement diminué.
Il ne fait pas de doute qu’une armée forte de 400 000 hommes aurait depuis
longtemps eu raison de quelque 20 000 rebelles si l’opération entreprise
était une véritable opération de guerre.
Mais c’est précisément parce qu’une forte proportion de musulmans nous
est restée fidèle, malgré toutes les pressions subies, que l’action des forces de
l’ordre a toujours été freinée, par le souci de respecter leur vie, et de sauvegarder leurs biens.
Les rebelles ont au demeurant parfaitement compris l’intérêt qu’il y avait
pour eux à s’identifier avec la masse musulmane, afin de compromettre l’action de celle-ci à nos yeux. Si l’on rencontre de plus en plus rarement, sauf aux
frontières, de fortes bandes armées, quelques fellaghas bien armés peuvent
facilement s’imposer à la population paisible de tout un douar par la loi
de la terreur. Menaces, contributions forcées, enlèvements, meurtres, mutilations sont les procédés les plus couramment employés pour contraindre au
silence, voire à la collaboration active ou passive, les gens les mieux intentionnés à notre égard. Et lorsque les forces de l’ordre se présentent devant ce
douar, quelques coups de fusil, tirés par cette minorité de fanatiques, peuvent
laisser croire que la population tout entière est passée à la rébellion.
Devant cette situation exceptionnelle, il appartient à l’État-Major de l’armée
de préciser, à tous les échelons d’exécution, l’attitude à observer à 1 égard de
la population musulmane.
Une première instruction a été publiée dès le 1er juillet 1955, d autres ont
suivi à intervalles réguliers. Ces directives insistent très fortement sur la discrimination qu’il faut faire, tant dans le cours de 1 action que celle-ci une fois
terminée, entre les rebelles et le reste de la population.
Celle du 20 septembre 1956, par exemple, montre combien le Haut
Commandement a souci d’obtenir de la troupe qu elle exerce son action sans
se départir des sentiments d’humanité :
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Algérie, un des thèmes qui mobiliseront de nombreux officiers dans
leur ralliement au mouvement de mai 1958 :
Les forces de l’ordre stationnées en Algérie ont reçu la mission d’en assurer
la pacification. [Nous respectons les passages en gras du texte original.]
Le rôle qui leur est imparti appelle une explication préalable. Dans bien des
esprits, en effet, cette mission de pacification se confond avec celle qui
incombe à l’Armée, c’est de savoir faire la guerre.
Or pacifier est à la fois plus simple et plus compliqué.
Plus simple car une telle opération n’est possible que si la majorité des
habitants du pays est favorable à l’action des unités chargées de rétablir l’ordre
public et leur accorde un appui qui se manifeste de façons très diverses, depuis
le simple renseignement jusqu’à la participation active au combat, sous forme
de harkas, par exemple.
Plus simple aussi dans la phase terminale, les populations organisées en
autodéfense assurant elles-mêmes le maintien de l’ordre.
Plus compliqué, en ce sens que l’armée ne doit pas, dans ces conditions,
employer les moyens modernes de destruction dont elle dispose, et que son
potentiel d’action s’en trouve considérablement diminué.
Il ne fait pas de doute qu’une armée forte de 400 000 hommes aurait depuis
longtemps eu raison de quelque 20 000 rebelles si l’opération entreprise
était une véritable opération de guerre.
Mais c’est précisément parce qu’une forte proportion de musulmans nous
est restée fidèle, malgré toutes les pressions subies, que l’action des forces de
l’ordre a toujours été freinée, par le souci de respecter leur vie, et de sauvegarder leurs biens.
Les rebelles ont au demeurant parfaitement compris l’intérêt qu’il y avait
pour eux à s’identifier avec la masse musulmane, afin de compromettre l’action de celle-ci à nos yeux. Si l’on rencontre de plus en plus rarement, sauf aux
frontières, de fortes bandes armées, quelques fellaghas bien armés peuvent
facilement s’imposer à la population paisible de tout un douar par la loi
de la terreur. Menaces, contributions forcées, enlèvements, meurtres, mutilations sont les procédés les plus couramment employés pour contraindre au
silence, voire à la collaboration active ou passive, les gens les mieux intentionnés à notre égard. Et lorsque les forces de l’ordre se présentent devant ce
douar, quelques coups de fusil, tirés par cette minorité de fanatiques, peuvent
laisser croire que la population tout entière est passée à la rébellion.
Devant cette situation exceptionnelle, il appartient à l’État-Major de l’armée
de préciser, à tous les échelons d’exécution, l’attitude à observer à 1 égard de
la population musulmane.
Une première instruction a été publiée dès le 1er juillet 1955, d autres ont
suivi à intervalles réguliers. Ces directives insistent très fortement sur la discrimination qu’il faut faire, tant dans le cours de 1 action que celle-ci une fois
terminée, entre les rebelles et le reste de la population.
Celle du 20 septembre 1956, par exemple, montre combien le Haut
Commandement a souci d’obtenir de la troupe qu elle exerce son action sans
se départir des sentiments d’humanité :
