98 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
lentement un poisson, un Chaetodon jaune et bleu qui se promène aussi
tranquillement que moi. Je fais halte pour contempler une anémone de mer
particulièrement énorme, qui, tous ses tentacules épanouis, explore la mer
autour d’elle en quête d’une victime. J’étends la main au-dessus d’un grand
Bénitier qui se referme par à-coups. Je ne crois pas aux histoires si complaisamment racontées et dans lesquelles des pêcheurs de perles sont pris au
piège par des Bénitiers. Nous avons bien souvent essayé de provoquer ce
genre d’accident en glissant par exemple la pointe d’une palme entre les
valves : elles se referment bien trop lentement pour retenir la palme. Un
Tridacne n’est pas un piège à loup.
Les vers qui sur terre sont des animaux plutôt piteux montrent dans
la mer une finesse exquise. Les Spirographes* notamment portent à l’extrémité d’un tube rigide un plumet multicolore qui s’escamote prestement lui
aussi lorsqu’on avance la main. C’est le Palais des mille et une Nuits.
Une plongée de nuit
17 avril 1967. Assomption. Plongée de nuit. A 3 heures du matin,
réveil pour tous les plongeurs, les électriciens, les gabiers... Thème : Bébert
initie l’équipage de la Calypso à la plongée de nuit. Nous immobilisons les
poissons dans la lueur des projecteurs, mais pas de capture. Promenade au
ras du fond, par moins 35 mètres.
Autour des plongeurs de la Calypso, au-delà du cercle que leurs lampes
ouvrent dans la mer, c’est la jungle du corail. Les animaux marins, surpris
dans leurs ténèbres par l’intrusion des hommes et par la lumière brutale,
s’effarent et se figent, hypnotisés. Les poissons perroquets dorment couchés
dans les coraux de feu...
Un monde étrange... La vie foisonne, sauvage, étrangère, hors du
monde des hommes, pétrifiée avec ses couleurs, surprise dans ses formes
insolites... Les explorateurs de la mer inspectent leur domaine... Ici, il y a
d’autres lois, d’autres secrets que sur la terre...
La « faune de jour », surprise par les lampes dans son sommeil reste
figée et on peut littéralement prendre les poissons à la main.
La « faune de nuit », invisible le jour, est sortie, active, à l’aise, mais
fuit nos lampes et disparaît dans ses terriers.
C’est la nuit que les coraux sont particulièrement actifs. On peut les
lentement un poisson, un Chaetodon jaune et bleu qui se promène aussi
tranquillement que moi. Je fais halte pour contempler une anémone de mer
particulièrement énorme, qui, tous ses tentacules épanouis, explore la mer
autour d’elle en quête d’une victime. J’étends la main au-dessus d’un grand
Bénitier qui se referme par à-coups. Je ne crois pas aux histoires si complaisamment racontées et dans lesquelles des pêcheurs de perles sont pris au
piège par des Bénitiers. Nous avons bien souvent essayé de provoquer ce
genre d’accident en glissant par exemple la pointe d’une palme entre les
valves : elles se referment bien trop lentement pour retenir la palme. Un
Tridacne n’est pas un piège à loup.
Les vers qui sur terre sont des animaux plutôt piteux montrent dans
la mer une finesse exquise. Les Spirographes* notamment portent à l’extrémité d’un tube rigide un plumet multicolore qui s’escamote prestement lui
aussi lorsqu’on avance la main. C’est le Palais des mille et une Nuits.
Une plongée de nuit
17 avril 1967. Assomption. Plongée de nuit. A 3 heures du matin,
réveil pour tous les plongeurs, les électriciens, les gabiers... Thème : Bébert
initie l’équipage de la Calypso à la plongée de nuit. Nous immobilisons les
poissons dans la lueur des projecteurs, mais pas de capture. Promenade au
ras du fond, par moins 35 mètres.
Autour des plongeurs de la Calypso, au-delà du cercle que leurs lampes
ouvrent dans la mer, c’est la jungle du corail. Les animaux marins, surpris
dans leurs ténèbres par l’intrusion des hommes et par la lumière brutale,
s’effarent et se figent, hypnotisés. Les poissons perroquets dorment couchés
dans les coraux de feu...
Un monde étrange... La vie foisonne, sauvage, étrangère, hors du
monde des hommes, pétrifiée avec ses couleurs, surprise dans ses formes
insolites... Les explorateurs de la mer inspectent leur domaine... Ici, il y a
d’autres lois, d’autres secrets que sur la terre...
La « faune de jour », surprise par les lampes dans son sommeil reste
figée et on peut littéralement prendre les poissons à la main.
La « faune de nuit », invisible le jour, est sortie, active, à l’aise, mais
fuit nos lampes et disparaît dans ses terriers.
C’est la nuit que les coraux sont particulièrement actifs. On peut les
