94 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
de sable de petits monticules d’où s’échappent de temps à autre, comme
d’un volcan, un panache de fumée qui est en réalité un jet de sable. Le
volcan est habité par un animal mystérieux que nous n’avons jamais pu
capturer. Mon meilleur souvenir à propos de ces volcans remonte à 1955.
A l’époque un très bon ami américain, plongeur et photographe, Luis
Marden, du « Géographie National Magazine », se trouvait à bord de la
Calypso et il s’était mis en tête de photographier un de ces volcans en
éruption, mais chaque fois qu’il en guettait un, c’était un autre qui lâchait
son nuage de fumée. Cela devenait horripilant. Je lui ai fait signe de me
laisser faire, j’ai pointé mon index vers l’un des monticules et j’ai proféré
dans mon embout des sons inarticulés. Aussitôt la fumée est sortie.
Lorsque Marden m’a demandé comment j’avais fait, je lui ai répondu
que c’était mon secret. Le plus drôle est qu’il m’en a vraiment voulu de ne
pas lui révéler mon truc. Il n’a jamais pu croire que j’avais tout simplement
bénéficié d’un hasard extravagant.
Cette fois nous comptons bien tirer au clair cette affaire de volcans.
Bébert avec Bonnici en filment plusieurs en éruption, puis Bébert répand
dans l’un d’eux du MS 222 et il creuse. Il suit à la main un tube souple
colmaté avec de la bave et trouve un petit crustacé couleur de sable qu’il
ramène triomphalement.
On le filme en très gros plan et à bord on l’installe avec du sable dans
l’aquarium extra-plat qui a servi à filmer les Hétéroconger. Sous nos yeux,
le crustacé se sert de ses pattes comme d’une noria et se creuse à toute
allure un volcan. C’est fascinant et vertigineux. Malheureusement pendant
la nuit, à la faveur du roulis, l’animal s’échappe de l’aquarium et nous ne le
Précédent

- 92/299

Suivant