INVENTAIRE DES PARADIS 87
mètres de la surface permet aux coraux de développer des formes d’une
fragilité inconcevable sur la terre où des branches calcaires de la même
finesse casseraient tout de suite sous leur propre poids.
Mais dans les zones où la lumière et la chaleur ne parviennent plus
suffisamment dans la mer, aux grandes profondeurs, les coraux ne peuvent
plus vivre. Leur existence en effet paraît liée à celle d’algues unicellulaires
qui se développent en symbiose avec eux et qui exigent de la lumière pour
réaliser la photosynthèse : ces algues installées dans les tissus des polypes,
ce sont les Zooxanthelles* qui existent aussi dans un bon nombre d’Alcyonaires : les Xéniidés, et dans les Bénitiers.
Deux chercheurs américains, H.T. et O.P. Odum, ont montré qu’il y a
dans les Madréporaires d’autres éléments végétaux que les Zooxanthelles :
ce sont des « filaments verts » qui croissent dans les pores du squelette
calcaire. En additionnant Zooxanthelles et « filaments verts », il y aurait
dans les coraux trois fois plus de protoplasme végétal que de protoplasme
animal.
L’extraordinaire complexité du monde des coraux est due au fait que
beaucoup d’autres animaux y vivent mêlés étroitement et contribuent à
l’édification des récifs. Les Hydrozoaires coralliformes qui ressemblent aux
Madréporaires sont des polypes qui montrent eux aussi des formes arborescentes ou trapues et s’entourent d’une épaisse couche calcaire. On peut
citer parmi eux les Millepora et surtout les Stylaster qui forment en Mer
Rouge de grands éventails dorés extrêmement ramifiés.
Il est aussi bien d’autres formes vivantes très différentes qui entrent
dans la composition de ces jungles sous-marines tropicales : des vers qui
épanouissent au bout d’un tube rigide un panache plumeux, des mollusques
géants comme les Tridacnes, des algues calcaires mauves et roses qui
maçonnent entre eux les animaux fixés et les épaisses chevelures mauves et
vertes des anémones qui frémissent sans cesse, prêtes à libérer, elles aussi,
leur venin.
Etant donné la richesse et la diversité de cette matière vivante, si
éloignée de nos conceptions de terriens, on comprendra que le foisonnement
des coraux tienne une place très importante, beaucoup plus grande que le
public ne l’imagine, à la surface de notre globe : ils occupent dans toutes
les mers du globe une superficie à peu près égale à vingt fois celle de
l’Europe. C’est un monde qui mérite bien qu’on s’y intéresse enfin.
Un seul atoll de taille moyenne fabrique à peu près 500 km3 de
construction, soit 250 fois la ville de New York ou 15.000 fois la plus
grande pyramide d’Egypte. Le corail est donc un bâtisseur beaucoup plus
efficace que l’homme.
mètres de la surface permet aux coraux de développer des formes d’une
fragilité inconcevable sur la terre où des branches calcaires de la même
finesse casseraient tout de suite sous leur propre poids.
Mais dans les zones où la lumière et la chaleur ne parviennent plus
suffisamment dans la mer, aux grandes profondeurs, les coraux ne peuvent
plus vivre. Leur existence en effet paraît liée à celle d’algues unicellulaires
qui se développent en symbiose avec eux et qui exigent de la lumière pour
réaliser la photosynthèse : ces algues installées dans les tissus des polypes,
ce sont les Zooxanthelles* qui existent aussi dans un bon nombre d’Alcyonaires : les Xéniidés, et dans les Bénitiers.
Deux chercheurs américains, H.T. et O.P. Odum, ont montré qu’il y a
dans les Madréporaires d’autres éléments végétaux que les Zooxanthelles :
ce sont des « filaments verts » qui croissent dans les pores du squelette
calcaire. En additionnant Zooxanthelles et « filaments verts », il y aurait
dans les coraux trois fois plus de protoplasme végétal que de protoplasme
animal.
L’extraordinaire complexité du monde des coraux est due au fait que
beaucoup d’autres animaux y vivent mêlés étroitement et contribuent à
l’édification des récifs. Les Hydrozoaires coralliformes qui ressemblent aux
Madréporaires sont des polypes qui montrent eux aussi des formes arborescentes ou trapues et s’entourent d’une épaisse couche calcaire. On peut
citer parmi eux les Millepora et surtout les Stylaster qui forment en Mer
Rouge de grands éventails dorés extrêmement ramifiés.
Il est aussi bien d’autres formes vivantes très différentes qui entrent
dans la composition de ces jungles sous-marines tropicales : des vers qui
épanouissent au bout d’un tube rigide un panache plumeux, des mollusques
géants comme les Tridacnes, des algues calcaires mauves et roses qui
maçonnent entre eux les animaux fixés et les épaisses chevelures mauves et
vertes des anémones qui frémissent sans cesse, prêtes à libérer, elles aussi,
leur venin.
Etant donné la richesse et la diversité de cette matière vivante, si
éloignée de nos conceptions de terriens, on comprendra que le foisonnement
des coraux tienne une place très importante, beaucoup plus grande que le
public ne l’imagine, à la surface de notre globe : ils occupent dans toutes
les mers du globe une superficie à peu près égale à vingt fois celle de
l’Europe. C’est un monde qui mérite bien qu’on s’y intéresse enfin.
Un seul atoll de taille moyenne fabrique à peu près 500 km3 de
construction, soit 250 fois la ville de New York ou 15.000 fois la plus
grande pyramide d’Egypte. Le corail est donc un bâtisseur beaucoup plus
efficace que l’homme.
