60 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
La découverte de Gaston
Quelqu’un écoute tout cela sans mot dire, mais avec un demi sourire :
l’ingénieur électricien chargé de l’entretien de la soucoupe plongeante,
Jacques Roux, que tout le monde à bord appelle, nul ne sait pourquoi,
« Gaston ». Je le connais il doit nous réserver une surprise. Lui, plonge
uniquement pour le plaisir. A bord il a un rôle technique. Il est particulièrement méticuleux dans son travail et les pilotes lui savent gré du soin qu’il
apporte dans la préparation de son engin avant chaque descente. Mais
Gaston a conçu une véritable passion pour les beautés du monde sous-marin.
Il est impossible de le retenir à bord lorsque son travail est fini. Bien souvent
la nuit il part à la nage une lampe à la main se promener au milieu des
massifs de coraux. Son ami Marcelin, l’ingénieur du son, l’accompagne et
nous voyons, à 4 ou 500 mètres de la Calypso, trembler sur la mer leurs
petites lampes.
J’ai essayé de les convaincre que ces sorties nocturnes étaient dangereuses, mais le plus souvent ils s’évadent sans prévenir. Outre que je ne peux
pas leur en vouloir de leur curiosité pour la vie marine, j’ai pour tous deux
beaucoup de sympathie. J’apprécie leur finesse et leur goût de l’humour. Ce
sont des pince-sans-rire. Cette fois je crois que Gaston a trouvé « la
meilleure ». Le bras tendu vers le fond de la mer, très près de la Calypso,
il nous montre quelque chose que nous ne pouvons pas voir. Il rit. Ca doit
être très drôle. Mais il ne veut pas s’expliquer autrement. Il faut bien se
résigner à le suivre jusque dans là mer. Le spectacle en vaut la peine.
Alors que les équipes se démenaient dans l’eau trouble, Gaston en se
promenant a trouvé à proximité ce que nous cherchions bien loin : un
paradis sous-marin, des eaux très claires, une abondance de poissons et peu
de requins. C’est merveilleux et inespéré. Je ne pourrai plus le chicaner sur
ses sorties clandestines. Pendant tout notre séjour l’endroit ne sera plus
désigné que sous le nom d’« îlot de Gaston ».
Impossible de deviner pourquoi dans la médiocrité générale des fonds
il s’est constitué précisément là une ravissante oasis. Ce sont les surprises
mystérieuses que réservent les mers à corail. Dans cette zone privilégiée de
grandes Gorgones* roses, auxquelles sont accrochées des Comatules* couleur
de bronze, s’élèvent au fond. Des algues calcaires mauves, des éponges*
rouges, jaunes, violettes et vertes, les aigrettes rouges et blanches des Spirographes composent avec les pointes jaunes ou bleues des Acropora un extraordinaire morceau de peinture non figurative. Dans ce décor évoluent des
poissons qui ont tous leur refuge où ils entrent la tête la première en cas de
danger. Mais ils se rassurent vite avec nous et ils nous regardent venir. Bientôt
La découverte de Gaston
Quelqu’un écoute tout cela sans mot dire, mais avec un demi sourire :
l’ingénieur électricien chargé de l’entretien de la soucoupe plongeante,
Jacques Roux, que tout le monde à bord appelle, nul ne sait pourquoi,
« Gaston ». Je le connais il doit nous réserver une surprise. Lui, plonge
uniquement pour le plaisir. A bord il a un rôle technique. Il est particulièrement méticuleux dans son travail et les pilotes lui savent gré du soin qu’il
apporte dans la préparation de son engin avant chaque descente. Mais
Gaston a conçu une véritable passion pour les beautés du monde sous-marin.
Il est impossible de le retenir à bord lorsque son travail est fini. Bien souvent
la nuit il part à la nage une lampe à la main se promener au milieu des
massifs de coraux. Son ami Marcelin, l’ingénieur du son, l’accompagne et
nous voyons, à 4 ou 500 mètres de la Calypso, trembler sur la mer leurs
petites lampes.
J’ai essayé de les convaincre que ces sorties nocturnes étaient dangereuses, mais le plus souvent ils s’évadent sans prévenir. Outre que je ne peux
pas leur en vouloir de leur curiosité pour la vie marine, j’ai pour tous deux
beaucoup de sympathie. J’apprécie leur finesse et leur goût de l’humour. Ce
sont des pince-sans-rire. Cette fois je crois que Gaston a trouvé « la
meilleure ». Le bras tendu vers le fond de la mer, très près de la Calypso,
il nous montre quelque chose que nous ne pouvons pas voir. Il rit. Ca doit
être très drôle. Mais il ne veut pas s’expliquer autrement. Il faut bien se
résigner à le suivre jusque dans là mer. Le spectacle en vaut la peine.
Alors que les équipes se démenaient dans l’eau trouble, Gaston en se
promenant a trouvé à proximité ce que nous cherchions bien loin : un
paradis sous-marin, des eaux très claires, une abondance de poissons et peu
de requins. C’est merveilleux et inespéré. Je ne pourrai plus le chicaner sur
ses sorties clandestines. Pendant tout notre séjour l’endroit ne sera plus
désigné que sous le nom d’« îlot de Gaston ».
Impossible de deviner pourquoi dans la médiocrité générale des fonds
il s’est constitué précisément là une ravissante oasis. Ce sont les surprises
mystérieuses que réservent les mers à corail. Dans cette zone privilégiée de
grandes Gorgones* roses, auxquelles sont accrochées des Comatules* couleur
de bronze, s’élèvent au fond. Des algues calcaires mauves, des éponges*
rouges, jaunes, violettes et vertes, les aigrettes rouges et blanches des Spirographes composent avec les pointes jaunes ou bleues des Acropora un extraordinaire morceau de peinture non figurative. Dans ce décor évoluent des
poissons qui ont tous leur refuge où ils entrent la tête la première en cas de
danger. Mais ils se rassurent vite avec nous et ils nous regardent venir. Bientôt
