52 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
Et naturellement comme je suis inoccupé, impatient et anxieux, je
m’avise tout à coup que mes vertèbres brisées — que j’avais à peu près
oubliées — me font mal de nouveau.
Juste avant d’arriver aux Maldives, le 20 mars, nous nous arrêtons et
nous filmons la furie des requins qui s’acharnent sur un dauphin* mort.
Nous utilisons deux cages pendues sous les deux chalands. C’est Michel
Deloire qui est à l’eau avec Delemotte comme garde du corps.
Nous finissons par fixer la carcasse du dauphin sur l’étrave où se
rassemblent les requins. Les plongeurs se mettent à l’eau par la plage
arrière. Ce dispositif doit laisser le temps aux plongeurs de remonter à bord
si les fauves deviennent trop agressifs. Bien m’en a pris. Il arrive un moment
où Raymond Coll est harcelé par les squales. Le plus gros, vraiment énorme,
finit par devenir menaçant et dangereusement obstiné.
Les plongeurs me tiennent au courant de la situation par le téléphone
sous-marin. Je donne l’ordre de remonter. Le plus gros requin fonce sur
l’échelle de la Calypso et Delemotte replie ses jambes de justesse. Les plongées
duraient depuis le matin et l’excitation des squales n’avait pas cessé de
croître. Je pense que nous tenons une séquence extraordinaire.
Hélas, les caméras ont « bourré ». Les spectateurs ne se douteront
jamais des efforts qu'il a fallu déployer et des dangers qui ont été affrontés
souvent pour rien.
Les cameramen de la Calypso doivent constamment lutter contre des
obstacles aussi variés que la mauvaise visibilité, la violence des courants
ou l’infiltration de l’eau dans les appareils. Leur plus grande préoccupation
est de tenir leur caméra sous-marine au sec, car le fruit de leurs efforts et
de leur prodigieuse patience peut être anéanti par la plus petite fuite.
Aussi le démontage, l’élimination du sel, le nettoyage et le remontage
des 326 pièces d’un appareil de précision qui coûte une petite fortune, passe
avant tous les autres travaux du bord.
Ce n’est pas une besogne pour les amateurs, d’ailleurs il n’y a pas de
place chez nous pour les rêveurs et les indécis. Il faut que chacun des
hommes de la Calypso connaisse à fond au moins deux métiers, beaucoup
en connaissent davantage. Il faut surtout qu’ils soient capables de supporter
cette vie confinée dans un bateau surpeuplé, le roulis incessant, le tangage,
le vacarme sans fin du vent, de la mer, des machines et de la besogne des
autres.
Et naturellement comme je suis inoccupé, impatient et anxieux, je
m’avise tout à coup que mes vertèbres brisées — que j’avais à peu près
oubliées — me font mal de nouveau.
Juste avant d’arriver aux Maldives, le 20 mars, nous nous arrêtons et
nous filmons la furie des requins qui s’acharnent sur un dauphin* mort.
Nous utilisons deux cages pendues sous les deux chalands. C’est Michel
Deloire qui est à l’eau avec Delemotte comme garde du corps.
Nous finissons par fixer la carcasse du dauphin sur l’étrave où se
rassemblent les requins. Les plongeurs se mettent à l’eau par la plage
arrière. Ce dispositif doit laisser le temps aux plongeurs de remonter à bord
si les fauves deviennent trop agressifs. Bien m’en a pris. Il arrive un moment
où Raymond Coll est harcelé par les squales. Le plus gros, vraiment énorme,
finit par devenir menaçant et dangereusement obstiné.
Les plongeurs me tiennent au courant de la situation par le téléphone
sous-marin. Je donne l’ordre de remonter. Le plus gros requin fonce sur
l’échelle de la Calypso et Delemotte replie ses jambes de justesse. Les plongées
duraient depuis le matin et l’excitation des squales n’avait pas cessé de
croître. Je pense que nous tenons une séquence extraordinaire.
Hélas, les caméras ont « bourré ». Les spectateurs ne se douteront
jamais des efforts qu'il a fallu déployer et des dangers qui ont été affrontés
souvent pour rien.
Les cameramen de la Calypso doivent constamment lutter contre des
obstacles aussi variés que la mauvaise visibilité, la violence des courants
ou l’infiltration de l’eau dans les appareils. Leur plus grande préoccupation
est de tenir leur caméra sous-marine au sec, car le fruit de leurs efforts et
de leur prodigieuse patience peut être anéanti par la plus petite fuite.
Aussi le démontage, l’élimination du sel, le nettoyage et le remontage
des 326 pièces d’un appareil de précision qui coûte une petite fortune, passe
avant tous les autres travaux du bord.
Ce n’est pas une besogne pour les amateurs, d’ailleurs il n’y a pas de
place chez nous pour les rêveurs et les indécis. Il faut que chacun des
hommes de la Calypso connaisse à fond au moins deux métiers, beaucoup
en connaissent davantage. Il faut surtout qu’ils soient capables de supporter
cette vie confinée dans un bateau surpeuplé, le roulis incessant, le tangage,
le vacarme sans fin du vent, de la mer, des machines et de la besogne des
autres.
