28 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
Ceux qui savent tout faire
Dans ce récit, il me faut d’abord parler des hommes. En effet l’histoire
de la Calypso, malgré son importance scientifique et sa valeur technique,
aura été avant tout pour moi une aventure humaine. Je me souviens moins
de ce que nous avons fait que de ceux avec lesquels je l’ai fait. Nos découvertes sont le fruit d’une vie en commun et le prix des risques que nous
avons partagés, jour après jour.
Avec Frédéric Dumas, avec mon fils Philippe, et avec Albert Falco,
« Bébert », le Tarzan marseillais qui est entré à l’âge de seize ans dans
notre équipe, nous avons effectué nos premières observations sur les
requins et au cours de cette croisière, nous allons réaliser d’autres
expériences.
Je ne peux pas oublier la silhouette trapue de Bébert dans l’eau, l’aspect
longiligne de Philippe et les requins qui tournent attirés par la viande que
leur offre à bout de bras Canoé Kientzy, un autre de nos plus audacieux
plongeurs.
Cette vie des hommes de la Calypso, j’aurais voulu la raconter au jour
le jour et je sais bien que c’est à peu près impossible. C’est une suite de
gestes souvent épuisants, de plongées par tous les temps, quel que soit l’état
de la mer ou la fatigue de chacun. Il y faut des hommes passionnés par
la vie marine et totalement dévoués à notre aventure. Le travail serait
impossible s’il ne régnait pas à bord un état d’esprit exceptionnel. On a
rarement composé une équipe aussi étroitement unie et qui soit aussi
familiarisée avec sa tâche, avec presque toutes les tâches. Tout le monde,
au moins au début, a tout fait, assuré tous les postes, aussi bien sur la
passerelle qu’au fond de l’eau.
L’équipe de la Calypso a toujours été extrêmement mêlée. Je pense
qu’elle est sans équivalent. On y trouve des plongeurs, des cinéastes, des
écrivains, des ingénieurs et aussi des chercheurs scientifiques : biologistes,
zoologistes, géologues, etc. Tous les savants français ou étrangers qui ont
vécu à bord ont toujours tenu à s’acquitter des besognes les plus modestes ;
les corvées que Frédéric Dumas baptisait « Travaux Pratiques ». Ce fut le
cas pour Harold Edgerton, Professeur à l’institut de Technologie du
Massachussetts, pour le Professeur à la Sorbonne Pierre Drach, pour le
Professeur Cherbonnier, et pour bien d’autres. Ils ont briqué le pont, halé
les aussières et même dépanné le radar.
Il n’y a pas de bateau où les tenues soient plus fantaisistes. Nous
comptons beaucoup de barbus et un ingénieur qui se rase soigneusement
Ceux qui savent tout faire
Dans ce récit, il me faut d’abord parler des hommes. En effet l’histoire
de la Calypso, malgré son importance scientifique et sa valeur technique,
aura été avant tout pour moi une aventure humaine. Je me souviens moins
de ce que nous avons fait que de ceux avec lesquels je l’ai fait. Nos découvertes sont le fruit d’une vie en commun et le prix des risques que nous
avons partagés, jour après jour.
Avec Frédéric Dumas, avec mon fils Philippe, et avec Albert Falco,
« Bébert », le Tarzan marseillais qui est entré à l’âge de seize ans dans
notre équipe, nous avons effectué nos premières observations sur les
requins et au cours de cette croisière, nous allons réaliser d’autres
expériences.
Je ne peux pas oublier la silhouette trapue de Bébert dans l’eau, l’aspect
longiligne de Philippe et les requins qui tournent attirés par la viande que
leur offre à bout de bras Canoé Kientzy, un autre de nos plus audacieux
plongeurs.
Cette vie des hommes de la Calypso, j’aurais voulu la raconter au jour
le jour et je sais bien que c’est à peu près impossible. C’est une suite de
gestes souvent épuisants, de plongées par tous les temps, quel que soit l’état
de la mer ou la fatigue de chacun. Il y faut des hommes passionnés par
la vie marine et totalement dévoués à notre aventure. Le travail serait
impossible s’il ne régnait pas à bord un état d’esprit exceptionnel. On a
rarement composé une équipe aussi étroitement unie et qui soit aussi
familiarisée avec sa tâche, avec presque toutes les tâches. Tout le monde,
au moins au début, a tout fait, assuré tous les postes, aussi bien sur la
passerelle qu’au fond de l’eau.
L’équipe de la Calypso a toujours été extrêmement mêlée. Je pense
qu’elle est sans équivalent. On y trouve des plongeurs, des cinéastes, des
écrivains, des ingénieurs et aussi des chercheurs scientifiques : biologistes,
zoologistes, géologues, etc. Tous les savants français ou étrangers qui ont
vécu à bord ont toujours tenu à s’acquitter des besognes les plus modestes ;
les corvées que Frédéric Dumas baptisait « Travaux Pratiques ». Ce fut le
cas pour Harold Edgerton, Professeur à l’institut de Technologie du
Massachussetts, pour le Professeur à la Sorbonne Pierre Drach, pour le
Professeur Cherbonnier, et pour bien d’autres. Ils ont briqué le pont, halé
les aussières et même dépanné le radar.
Il n’y a pas de bateau où les tenues soient plus fantaisistes. Nous
comptons beaucoup de barbus et un ingénieur qui se rase soigneusement
