252 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
l’homme du XXe siècle est de plus en plus coupé de tout environnement
naturel. Et pourtant, comme il souffrirait s’il restait seul de son espèce sur
la terre ! Nous lui donnons aujourd’hui la possibilité d’entrer dans la mer,
que ce ne soit pas dans une mer vide, dans une mer en ruines !
Depuis 20 ans, mes camarades et moi, grâce aux croisières de la
Calypso, nous nous mêlons à la vie marine et nous tentons d’approcher les
poissons. Il nous a fallu résoudre de nombreux problèmes concernant aussi
bien les appareils de plongée que la psychologie animale ou l’équipement
cinématographique. C’est dire que partout où nous sommes allés dans la
mer, nous n’avons pas fait que passer. Nous avons eu tout le temps de
remarquer une évolution, une tendance : celle qui conduit à une dégradation
de plus en plus accélérée du milieu marin.
Peut-être est-ce une chance d’avoir été ainsi les témoins du lent
assassinat de la mer. Si nous n’avions pas cette familiarité avec les fonds,
si nous ne jetions pas ce cri d’alarme, l’opinion s’aviserait sans doute trop
tard que la civilisation est en train de saccager la source même de la vie...
Sur aucune autre planète de notre système solaire, il n’existe une mer
ensemencée de tous les éléments vitaux de l’univers. Tout ce qui vit, animal
ou végétal, est avant tout une combinaison moléculaire à base d’eau.
L’homme, passager de hasard sur le seul vaisseau spatial qui ait reçu le
don de l’eau, ne doit jamais oublier que cette eau est la même que celle qui
est apparue sur la terre en formation voici quatre milliards et demi d’années.
Toute l’eau de l’univers est là et il n’y en aura pas d’autre. Devons-nous
rester les témoins passifs de la mort de l’eau ?
La vie végétale de l’océan nous fournit une grande partie de l’oxygène
que nous respirons. Si la mer était empoisonnée, la flore marine disparaîtrait,
notre planète manquerait vite d’oxygène et ce serait un désastre pour toute
l’humanité.
On estime que 200 milliards de tonnes d’algues microscopiques
s’épanouissent dans la mer chaque année, formant un nuage de « poussière
aquatique vivante » charriée par les courants. Ces immenses nuages de
phyto-plancton constituent le premier maillon d’une chaîne alimentaire
longue et compliquée qui relie entre elles plusieurs centaines de milliers
d’espèces marines dont l’homme est solidaire.
Heureusement tout n’est pas joué, tout n’est pas encore perdu, si
l’humanité le veut il est encore possible d’arrêter les méfaits de la pollution,
de renverser la tendance, de respecter la vie des océans.
Il ne s’agit pas de se lamenter et de ne rien faire, de reconnaître le mal
et de se borner à le déplorer. Il faut mobiliser toutes les énergies pour une
croisade qui intéresse l’humanité, qui la concerne directement.
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