LA MER EN RUINES 249
l’eau, à la merci des courants qui l’étouffent sous les alluvions d’un fleuve...
Tout cela constitue si l’on peut dire les dangers traditionnels, mais il
s’y ajoute de nouvelles menaces : il suffit qu’un pétrolier nettoie clandestinement ses cuves à proximité d’un récif ou qu’une tête de puits laisse
échapper du mazout dans la mer pour que les polypiers meurent dans un
vaste périmètre. Le remède est théoriquement facile : il consiste dans l’application des règlements internationaux.
C’est surtout l’état d’esprit général qu’il faudrait modifier. C’est là un
point capital : l’idée que nous nous faisons de la mer est entièrement à
réviser. Par son immensité, par sa profondeur, par son hostilité et son
apparente richesse, la mer continue d’intimider les hommes et de les abuser :
elle leur paraît inaccessible, invulnérable et surtout inépuisable. Or elle n’est
pas un réservoir biologique à toute épreuve. Nous découvrons avec stupeur
sa fragilité et ses limites.
Ces récifs tropicaux par exemple où nous disons que « la vie foisonne »
sont en fait des oasis très strictement définies et très précaires. La zone
vivante n’occupe que l’espace entre la surface et 30 ou 40 mètres de fond
et sur la face extérieure du récif seulement.
Il n’y a place là que pour un nombre limité de poissons : on pourrait
presque les compter. Ce sont des sédentaires et les détruire est un jeu
d’enfant. Mettez trois pêcheurs sous-marins sur un récif comme Abulat ou
Maf Zuber et ils le saccagent définitivement. Rien ne dit que d’autres
poissons des mêmes espèces viendront remplacer les morts.
Il ne faut donc pas seulement mettre un terme à la pollution, il faut
arrêter aussi les massacres stupides.
Je sais que les âmes sensibles tranquillisent leur bonne conscience en
disant : « le poisson ne souffre pas ». Outre que c’est faux, c’est un argument
spécieux avec lequel on justifie des tueries commises « pour s’amuser » ou
par « sport ».
Pour protéger les poissons contre les hécatombes provoquées par les
chasseurs, un premier remède consiste à multiplier les réserves marines
comme les Etats-Unis l’ont déjà fait à Key Largo en Floride ou les Français
en Méditerranée autour de l’île de Port Cros.
C’est surtout par l’exemple, par la parole et par le film qu’on développera
le respect pour les animaux marins. C’est sur les sentiments de l’homme
qu’il faut agir. Sur ce point-là de grands espoirs sont permis. Nos films
diffusés par les télévisions d’Amérique et d’Europe m’ont révélé à quel point
des millions de personnes étaient sensibles à la vie des animaux, surtout des
animaux libres, sauvages, faute peut-être de connaître eux-mêmes la liberté
du cœur et de l’esprit. Cet attachement s’explique aussi par le fait que
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