244 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
corbeaux, les mêmes qui pendant la nuit de la tempête semblaient en proie
à la folie et attaquaient le campement sur la plage — leur cruauté est toujours
aussi grande.
A peine les tortues sortent-elles de l’œuf et s’échappent-elles de leur nid
que les oiseaux descendent sur elles et s’en emparent.
C’est bref et tragique. Pas une seule de celles qui viennent d’éclore n’a
la moindre chance de survivre. Les oiseaux les attaquent jusque dans
la mer.
Seules quelques petites tortues qui naissent la nuit et ont la chance
de se diriger vers l’eau dans l’obscurité ont l’espoir d’échapper aux oiseaux.
Il leur restera alors à échapper aux prédateurs de la mer.
Ce drame a beaucoup frappé les hommes de la Calypso. Ils repéraient
l’endroit d’une éclosion par le brusque rassemblement des frégates. Ils couraient aussi vite que possible et tentaient de chasser les oiseaux, mais
ceux-ci venaient attraper les tortues jusque dans leurs jambes. C’était une
séquence de Hitchcock. Nos camarades ont alors empilé les petites tortues
dans des seaux et ils ont été les porter dans la mer, en profondeur, mais les
tortues remontaient en surface pour respirer et à cet instant les frégates les
attaquaient et elles en faisaient quand même un massacre. Elles avaient
très bien compris la manœuvre et elles suivaient les plongeurs quand ils
emportaient vers le large les seaux pleins de jeunes tortues.
Les hommes de la Calypso n’éprouvaient d’ailleurs pas une véritable
haine contre ces oiseaux : ceux-ci étaient dans leur rôle en cherchant leur
nourriture, mais il y a chez les frégates une apparence de méchanceté,
disons d’acharnement, qui soulignait encore leur aspect funèbre et leur
silence. Elles ne laissaient aux petites tortues aucun répit, aucune chance.
Pour l’équipe il n’y avait qu’un moyen efficace de protection, c’était de
ramasser les tortues dès qu’elles naissaient, d’aller les cacher dans une tente
qui avait été plantée sur cette plage et de les mettre dans un trou d’eau que
les cinéastes avaient aménagé.
Falco, Goupil, d’autres se sont obstinés, ils ont creusé un grand bassin
et ils l’ont recouvert du dôme de plexiglas que Chauvelin avait eu tant de
mal à arrimer sur le zodiac pendant la tempête. Les frégates ont attaqué
le plexiglas à coups de bec, mais elles n’ont pas réussi à le percer. C’est la
nuit que les tortues ont été mises à l’eau.
Nous ne savons pas finalement combien nous en avons sauvé. Nous en
avons ramassé près de 750 sur lesquelles une centaine ont eu la vie sauve.
Plusieurs ont été transportées à bord de la Calypso, puis données à des amis
à Tuléar ou ramenés au Musée de Monaco où elles vivent encore et ont
beaucoup grandi.
corbeaux, les mêmes qui pendant la nuit de la tempête semblaient en proie
à la folie et attaquaient le campement sur la plage — leur cruauté est toujours
aussi grande.
A peine les tortues sortent-elles de l’œuf et s’échappent-elles de leur nid
que les oiseaux descendent sur elles et s’en emparent.
C’est bref et tragique. Pas une seule de celles qui viennent d’éclore n’a
la moindre chance de survivre. Les oiseaux les attaquent jusque dans
la mer.
Seules quelques petites tortues qui naissent la nuit et ont la chance
de se diriger vers l’eau dans l’obscurité ont l’espoir d’échapper aux oiseaux.
Il leur restera alors à échapper aux prédateurs de la mer.
Ce drame a beaucoup frappé les hommes de la Calypso. Ils repéraient
l’endroit d’une éclosion par le brusque rassemblement des frégates. Ils couraient aussi vite que possible et tentaient de chasser les oiseaux, mais
ceux-ci venaient attraper les tortues jusque dans leurs jambes. C’était une
séquence de Hitchcock. Nos camarades ont alors empilé les petites tortues
dans des seaux et ils ont été les porter dans la mer, en profondeur, mais les
tortues remontaient en surface pour respirer et à cet instant les frégates les
attaquaient et elles en faisaient quand même un massacre. Elles avaient
très bien compris la manœuvre et elles suivaient les plongeurs quand ils
emportaient vers le large les seaux pleins de jeunes tortues.
Les hommes de la Calypso n’éprouvaient d’ailleurs pas une véritable
haine contre ces oiseaux : ceux-ci étaient dans leur rôle en cherchant leur
nourriture, mais il y a chez les frégates une apparence de méchanceté,
disons d’acharnement, qui soulignait encore leur aspect funèbre et leur
silence. Elles ne laissaient aux petites tortues aucun répit, aucune chance.
Pour l’équipe il n’y avait qu’un moyen efficace de protection, c’était de
ramasser les tortues dès qu’elles naissaient, d’aller les cacher dans une tente
qui avait été plantée sur cette plage et de les mettre dans un trou d’eau que
les cinéastes avaient aménagé.
Falco, Goupil, d’autres se sont obstinés, ils ont creusé un grand bassin
et ils l’ont recouvert du dôme de plexiglas que Chauvelin avait eu tant de
mal à arrimer sur le zodiac pendant la tempête. Les frégates ont attaqué
le plexiglas à coups de bec, mais elles n’ont pas réussi à le percer. C’est la
nuit que les tortues ont été mises à l’eau.
Nous ne savons pas finalement combien nous en avons sauvé. Nous en
avons ramassé près de 750 sur lesquelles une centaine ont eu la vie sauve.
Plusieurs ont été transportées à bord de la Calypso, puis données à des amis
à Tuléar ou ramenés au Musée de Monaco où elles vivent encore et ont
beaucoup grandi.
