226 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
profondeurs, l’homme qui peut voir, toucher, comprendre et qui est, dans
la mer aussi bien que dans l’espace, un témoin irremplaçable.
Il a fallu mouiller des bouées avec des filins d’acier pour avoir l’avant
de la Calypso sur le platier et l’arrière sur le tombant le long duquel les
plongeurs vont descendre. Mouillage assez délicat : une fois que le bateau
est en place, l’arrière est juste au ras du platier et grâce à notre grue puissante
nous descendons jusqu’à 25 mètres de la surface la tourelle Galeazzi qui
servira aux plongeurs à l’hélium de chambre de décompression. Elle descend
lentement et sans incident au bout de son câble le long de la falaise.
Je pense que rien n’a été laissé au hasard et pourtant je ne réussis pas
à me défaire de mon anxiété.
Tout est en place, mais je sais bien que même en surveillant personnellement l’opération, sans relâcher un moment l’attention, je vais vivre des
instants d’inquiétude intense aussi longtemps que quatre de nos camarades
vont vivre et travailler à 100 mètres de la surface.
Je connais pour l’avoir bien souvent éprouvé ce qu’un plongeur ressent
lorsqu’il dépasse la limite des 60 mètres, à plus forte raison quand il
atteint moins 100 mètres. Il est vulnérable au froid, sensible à l’isolement,
même s’il est accompagné de plusieurs compagnons. Il est muré dans le
silence, hanté par la crainte de ne pas pouvoir se faire comprendre s’il
arrivait quelque chose. La surface est bien loin. Même avec tout notre dispositif de sécurité, en cas d’accident mécanique la pression sur l’homme est
écrasante. L’intervention des autres serait-elle assez rapide pour éviter
le pire ?
Je sais aussi qu’à grande profondeur ces mélanges de gaz qu’on respire
ont mauvais goût... Tous les gestes deviennent hésitants, un peu mous...
Une première descente
L’opération débute le 1er février.
Les plongeurs équipés des scaphandres à l’hélium quittent la plateforme arrière de la Calypso et entrent dans la mer. Ils respirent leur mélange
air-hélium : il faut par conséquent qu’ils descendent très vite, puisqu’au
voisinage de la surface ils sont sous-oxygénés. C’est à 10 mètres seulement
qu’ils retrouvent un taux normal d’oxygène. Ils passent à 25 mètres à côté
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