222 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
Dans la Mer Rouge, la grande houle est inexistante, aussi n’était-il pas
évident qu’il y eût autour de 50, 55 mètres, un deuxième niveau fossile.
Mais au cours de nos plongées dans l’Océan Indien, notamment aux
Maldives, puis à Europa, l’existence de cet autre niveau ne pouvait plus
être mise en doute. Il n’était pas caractérisé par un trottoir ni par un auvent,
mais par un véritable bord de mer immergé. Cela consistait en une langue
de sable qui arrivait en pente douce au pied d’une falaise verticale, elle-même
creusée de nombreuses grottes et ces grottes s’ouvraient toujours dans le
sens de la houle dominante. On pouvait en conclure que c’était la houle qui
les avait creusées.
Ces grottes étaient quelquefois petites et quelquefois très vastes. Nous
en avions exploré une à 50 mètres de fond à l’île Powell, dans les Maldives.
Nous avions prélevé un échantillon du plafond de la grotte, pour le faire
analyser, de manière à savoir à quelle date approximative les formations
coralliennes s’étaient trouvées au voisinage de la surface, c’est-à-dire le
moment où le niveau fossile a commencé à être submergé par les eaux
montantes.
La grotte d’Europa
A l’île d’Europa il existe une grotte de ce genre qui nous avait été
signalée par le cinéaste Jacques Stevens, venu là quelques années plus tôt,
et dont j’ai déjà parlé.
Le plafond de cette grotte est à moins 55 mètres. C’est assez limité pour
les plongées à l’air. En outre nous voulions explorer la falaise plus bas que
la grotte, jusqu’à 100 mètres. Il était donc nécessaire, tant pour faire une
visite détaillée de la grotte en prenant tout notre temps et en évitant la
narcose que pour descendre plus bas, d’envisager des plongées à l’hélium
pour lesquelles nous étions parfaitement équipés.
Cette « narcose » que l’on appelle aussi « l’ivresse des grandes profondeurs » a des causes qui ne sont pas toutes encore définies ; elle est due
en partie sans doute à la diffusion dans les cellules nerveuses de l’azote sous
pression, ou encore à la rétention de gaz carbonique dissous au niveau
de ces cellules. C’est un malaise physiologique auquel les plus expérimentés d’entre nous n’échappent pas à partir d’une certaine profondeur,
parfois dès 50 mètres. Elle peut se traduire par une euphorie dan­
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