214 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
étaient capables des hommes comme Falco, Chauvelin ou Bonnici, mais
je voudrais dire ici un mot de plus sur Léandri qui a montré ce jour-là tant
d’efficacité et de sang-froid. Nous en sommes fiers parce qu’il est un peu
l’enfant adoptif de la Calypso. Son frère, Octave Léandri, dit Titi, a été
le plus ancien et le premier mécanicien de la Calypso. C’est lui qui a fait
venir à bord Maurice alors que celui-ci faisait ses débuts dans la vie de
marin. Il a tout appris de notre métier sous la direction du Capitaine
François Saout, qui a commandé notre bateau plusieurs années de suite
et a été pour les jeunes un remarquable éducateur. Aujourd’hui ce long
et rude apprentissage imposé à Maurice lui a sans doute permis de sauver
plusieurs vies humaines.
Une partie de l’équipe cinéma est restée sur l’île. Cette nuit-là le
temps est si mauvais que nos camarades à terre sont obligés d’aller
demander asile à la station météorologique.
La Calypso fait demi-tour
A bord de la Calypso l’heure est venue de nous préparer au pire.
Brusquement la mer grossit. Notre position devient intenable. Le vent est
de plus en plus fort et passe au Nord. Maintenant tout ce que les météos
nous ont annoncé paraît vraisemblable.
Je me décide à changer de mouillage. La Calypso fait route à petite
allure en cherchant à se mettre à l’abri. Nous commençons à tourner autour
de cette île ronde et plate d’Europa qui n’offre pratiquement pas de refuge.
Pas question de mouiller. Les vents changent tout le temps. Nous continuons de croiser à petite vitesse essayant de tourner avec le vent. La
Calypso est maintenant terriblement secouée.
Je n’éprouve pas l’impression d’angoisse, d’oppression qui annonce
en générale la proximité d’un cyclone. Nos camarades nous raconteront
qu’à terre, eux, ont éprouvé ces sensations : un malaise physique.
Impossible de maintenir la Calypso autour d’Europa. Je prends la
résolution de m’éloigner et de manœuvrer pour tenter de passer dans
« le demi-cercle maniable », en me fiant aux renseignements météo que
nous pouvons capter.
J’ai déjà eu dans ma vie une expérience de cyclone. C’était, comme
jeune officier, en Mer de Chine, à bord d’un croiseur qui a été presque cassé
étaient capables des hommes comme Falco, Chauvelin ou Bonnici, mais
je voudrais dire ici un mot de plus sur Léandri qui a montré ce jour-là tant
d’efficacité et de sang-froid. Nous en sommes fiers parce qu’il est un peu
l’enfant adoptif de la Calypso. Son frère, Octave Léandri, dit Titi, a été
le plus ancien et le premier mécanicien de la Calypso. C’est lui qui a fait
venir à bord Maurice alors que celui-ci faisait ses débuts dans la vie de
marin. Il a tout appris de notre métier sous la direction du Capitaine
François Saout, qui a commandé notre bateau plusieurs années de suite
et a été pour les jeunes un remarquable éducateur. Aujourd’hui ce long
et rude apprentissage imposé à Maurice lui a sans doute permis de sauver
plusieurs vies humaines.
Une partie de l’équipe cinéma est restée sur l’île. Cette nuit-là le
temps est si mauvais que nos camarades à terre sont obligés d’aller
demander asile à la station météorologique.
La Calypso fait demi-tour
A bord de la Calypso l’heure est venue de nous préparer au pire.
Brusquement la mer grossit. Notre position devient intenable. Le vent est
de plus en plus fort et passe au Nord. Maintenant tout ce que les météos
nous ont annoncé paraît vraisemblable.
Je me décide à changer de mouillage. La Calypso fait route à petite
allure en cherchant à se mettre à l’abri. Nous commençons à tourner autour
de cette île ronde et plate d’Europa qui n’offre pratiquement pas de refuge.
Pas question de mouiller. Les vents changent tout le temps. Nous continuons de croiser à petite vitesse essayant de tourner avec le vent. La
Calypso est maintenant terriblement secouée.
Je n’éprouve pas l’impression d’angoisse, d’oppression qui annonce
en générale la proximité d’un cyclone. Nos camarades nous raconteront
qu’à terre, eux, ont éprouvé ces sensations : un malaise physique.
Impossible de maintenir la Calypso autour d’Europa. Je prends la
résolution de m’éloigner et de manœuvrer pour tenter de passer dans
« le demi-cercle maniable », en me fiant aux renseignements météo que
nous pouvons capter.
J’ai déjà eu dans ma vie une expérience de cyclone. C’était, comme
jeune officier, en Mer de Chine, à bord d’un croiseur qui a été presque cassé
