FLOSSIE ET GEORGETTE 211
Nous voyons les masses d’eau déferler avec rage sur le récif. La tête
de Bonnici émerge de temps à autre comme une tache noire. Pour combien
de minutes encore ? L’instant est dramatique. Je sais combien ce plateau
de corail cache de pièges, de pointes coupantes, de fosses bourrées d’oursins
géants et de coraux de feu. Un homme roulé là-dedans est vite en sang.
Et il y a les requins...
La situation est toujours critique : l’embarcation est roulée dans les
lames, elle talonne les coraux. Jamais Bonnici ne pourra s’en sortir tout
seul et le chaland ne résistera pas longtemps aux terribles coups de bélier
que lui inflige la mer en le traînant sur le platier.
De la Calypso, où nous suivons la scène avec inquiétude, Chauvelin
part avec Maurice Léandri dans le deuxième chaland pour dépanner
Bonnici. Nous les voyons anxieusement s’engager dans la passe où la mer
paraît se déchaîner de plus en plus. Au moment où ils allaient franchir
la passe de justesse une lame soulève leur chaland qui retombe brutalement sur le corail et il s’en faut de peu qu’il ne soit drossé à son tour et
traîné sur le platier. Très habilement Maurice Léandri le dégage de sa
position périlleuse et réussit à ramener l’embarcation vers l’extérieur à la
limite des grandes lames déferlantes. Nous voyons alors Chauvelin se mettre
à l’eau, une touline* à la main. Il part à la nage au milieu des coraux où
la mer brise. Il se laisse rouler dans la barre... Falco qui lui aussi s’est
mis à l’eau du côté de la terre l’agrippe au passage... Tous deux en s’accrochant aux coraux réussissent à s’approcher du chaland de Bonnici et à
lui passer la touline. Une remorque est frappée entre les deux chalands
et Maurice Léandri qui est resté à l’extérieur de la barre commence à tirer
Bonnici dont le chaland est déjà plein d’eau.
A cet instant arrivent coup sur coup deux très grosses lames qui
s’abattent sur les hommes et les embarcations. Tout disparaît pendant
quelques instants qui nous semblent très longs. Heureusement les chalands
sont insubmersibles. Les hommes ont vu venir le danger et ils se sont
solidement accrochés. Le moteur hors-bord de Léandri n’est même pas
noyé. C’est lui qui va sauver la situation. Habilement Léandri met à profit
une courte accalmie pour haler le chaland de Bonnici et finalement il
ramène tout le monde à la Calypso où nous poussons un soupir de soulagement.
Bien sûr, chacun dans ces circonstances a fait montre de toutes les
qualités qu’on peut attendre des hommes de la Calypso et je suis persuadé
qu’ils étaient parmi les rares marins et plongeurs à pouvoir faire face sans
accident à des conditions aussi dures que celles que nous avons connues
ce jour-là et les jours suivants. J’ai déjà dit en une autre occasion de quoi
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