206 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
versements météorologiques. J’espere qu Europe nous offrira des eaux suffisamment abritées pour que nous puissions travailler.
Europa est une petite île à 500 kilomètres de la côte orientale
d’Afrique. Elle mesure 10 kilomètres de diamètre, y compris un lagon
saumâtre peu profond et d’immenses plages de sable blond où viennent
s’accoupler et pondre les tortues marines. Nous sommes venus avec le
projet de filmer ce rendez-vous d’amour où se retrouvent des bêtes énormes
de 200 kilos et plus — centenaires — et qui viennent du Mozambique,
de Madagascar et même du Golfe d’Aden. Certaines d’entre elles font, pour
rallier Europa, un voyage de 1.800 ou 2.000 kilomètres.
L’île sert de base météorologique pour la prévision des cyclones.
Quatre hommes y vivent en permanence. Ce sont, comme aux Glorieuses,
des Réunionnais, car Europa, qui est possession française, est rattachée
administrativement au département de la Réunion. Nous prenons tout de
suite contact avec les quatre hommes qui mènent là une vie sévère. Ils
n’ont pour tout ravitaillement que celui qui leur vient de la Réunion.
Une première reconnaissance nous montre qu’il ne faut compter sur
aucune ressource locale. Une équipe cinématographique dont le séjour
risque d’être assez long ne peut rien espérer tirer de l’île : il n’y a guère
que des cocotiers, des frégates et des chèvres noires retournées à l’état
sauvage. L’aspect riant d’Europa vue du large est trompeur, c’est un
morceau de corail infertile, dénué de tout et d’abord d’eau potable. Là
encore, on peut voir un de ces cimetières de l’Océan Indien qui évoquent
toujours de vieux drames.
L’équipe que nous avons envoyée à terre sur Europa comprend
Christian Bonnici, Raymond Coll, le Dr Millet, le cinéaste Goupil. Par
radio ils préviennent la Calypso que les hommes de la station météo sont
formels : ils annoncent l’arrivée d’un cyclone. Ce cyclone a même un nom
féminin : il s’appelle « Flossie ».
Nos camarades ajoutent qu’ils ont eu une mauvaise surprise : il y a
sur l’île des nuées de moustiques. Ils sont si nombreux et si agressifs que
les hommes qui attendent sur la plage le chaland de la Calypso prennent
le parti de s’enterrer dans le sable jusqu’au cou.
Sur un point en tout cas nous ne sommes pas déçus : nous sommes
venus ici pour filmer les tortues qui se rassemblent chaque année pour
pondre sur les plages de sable blond. C’est un cinéaste plongeur, Jacques
Stevens, qui nous a indiqué l’intérêt de cette île d’Europa sur laquelle il
a lui-même réalisé un film. Les premières plongées nous permettent de
constater que les tortues sont exactes au rendez-vous. Elles sont déjà nombreuses dans les petits fonds qui entourent Europa et les accouplements
versements météorologiques. J’espere qu Europe nous offrira des eaux suffisamment abritées pour que nous puissions travailler.
Europa est une petite île à 500 kilomètres de la côte orientale
d’Afrique. Elle mesure 10 kilomètres de diamètre, y compris un lagon
saumâtre peu profond et d’immenses plages de sable blond où viennent
s’accoupler et pondre les tortues marines. Nous sommes venus avec le
projet de filmer ce rendez-vous d’amour où se retrouvent des bêtes énormes
de 200 kilos et plus — centenaires — et qui viennent du Mozambique,
de Madagascar et même du Golfe d’Aden. Certaines d’entre elles font, pour
rallier Europa, un voyage de 1.800 ou 2.000 kilomètres.
L’île sert de base météorologique pour la prévision des cyclones.
Quatre hommes y vivent en permanence. Ce sont, comme aux Glorieuses,
des Réunionnais, car Europa, qui est possession française, est rattachée
administrativement au département de la Réunion. Nous prenons tout de
suite contact avec les quatre hommes qui mènent là une vie sévère. Ils
n’ont pour tout ravitaillement que celui qui leur vient de la Réunion.
Une première reconnaissance nous montre qu’il ne faut compter sur
aucune ressource locale. Une équipe cinématographique dont le séjour
risque d’être assez long ne peut rien espérer tirer de l’île : il n’y a guère
que des cocotiers, des frégates et des chèvres noires retournées à l’état
sauvage. L’aspect riant d’Europa vue du large est trompeur, c’est un
morceau de corail infertile, dénué de tout et d’abord d’eau potable. Là
encore, on peut voir un de ces cimetières de l’Océan Indien qui évoquent
toujours de vieux drames.
L’équipe que nous avons envoyée à terre sur Europa comprend
Christian Bonnici, Raymond Coll, le Dr Millet, le cinéaste Goupil. Par
radio ils préviennent la Calypso que les hommes de la station météo sont
formels : ils annoncent l’arrivée d’un cyclone. Ce cyclone a même un nom
féminin : il s’appelle « Flossie ».
Nos camarades ajoutent qu’ils ont eu une mauvaise surprise : il y a
sur l’île des nuées de moustiques. Ils sont si nombreux et si agressifs que
les hommes qui attendent sur la plage le chaland de la Calypso prennent
le parti de s’enterrer dans le sable jusqu’au cou.
Sur un point en tout cas nous ne sommes pas déçus : nous sommes
venus ici pour filmer les tortues qui se rassemblent chaque année pour
pondre sur les plages de sable blond. C’est un cinéaste plongeur, Jacques
Stevens, qui nous a indiqué l’intérêt de cette île d’Europa sur laquelle il
a lui-même réalisé un film. Les premières plongées nous permettent de
constater que les tortues sont exactes au rendez-vous. Elles sont déjà nombreuses dans les petits fonds qui entourent Europa et les accouplements
