202 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
L’île monte ou descend. Si elle monte, le corail hors de l’eau meurt au
soleil.
Il arrive que le lagon soit comblé peu à peu soit par le corail mort,
soit par le corail vivant. C’est le cas d’une autre île que nous visiterons
peu de temps après : Europa.
De toute manière la multiplication de cette vie calcaire semble bien
avoir une fin. Il doit arriver un point de saturation dans la vie collective
des polypiers. En tout cas, nous sommes bien loin de connaître les facteurs
limitatifs de cette vie.
A ces phénomènes normaux de dégénérescence s’ajoute un fait nouveau qui désormais tue indistinctement tous les coraux du monde entier :
la pollution. Car les coraux exigent pour prospérer des eaux très pures.
Or, nous le constatons une fois de plus, un peu partout dans le monde,
la mer est salie par les déchets de la « civilisation » moderne.
Bassas da India est en décomposition. Nous survolons des étendues
sous-marines de corail mort. C’est un atoll à l’agonie.
A quoi bon décrire une fois de plus ces champs morts de la mer,
si semblables à des jardins dévastés où gisent de pauvres choses cassées,
des morceaux de calcaire qui n’ont plus ni forme ni couleur et qui déjà se
désagrègent, redeviennent du sable, mais sinistrement gris. C’est la forme
la plus totale de la destruction : une mort minérale. Impossible de retrouver
la forme d’un parasol à.’Acropora ou le panache doré d’une Gorgone.
Même les mollusques morts n’ont laissé que des coquilles ternes, souillées.
Un monde de merveilles s’est dissous dans la mer.
Jusqu’à présent toutes les observations qu’avait faites Darwin sur les
coraux étaient restées valables, désormais elles n’ont plus de sens, parce
que dans la vie des coraux intervient une destruction artificielle par
pollution. La cause en est directe ou indirecte.
Dans certains atolls le déséquilibre biologique est provoqué indirectement par l’homme. En Micronésie ou à la Grande Barrière australienne
les indigènes ont pêché abusivement pour les vendre aux touristes de grands
coquillages, des conques* qui étaient les ennemis d’une étoile de mer
mangeuse de corail : elle s’est multipliée et elle fait maintenant des dégâts
inquiétants tout au long de ce grand complexe corallien qui s’étend le long
de la côte Nord-Est de l’Australie.
Pour le moment nous observons seulement des symptômes alarmants
un peu partout, mais nous n’allons pas tarder, semble-t-il, à assister à une
disparition progressive et rapide du corail : nos petits-enfants n’en verront
probablement plus. L’affirmation peut surprendre, mais il faut bien se
rendre compte que la vie marine est extrêmement fragile : les atteintes
L’île monte ou descend. Si elle monte, le corail hors de l’eau meurt au
soleil.
Il arrive que le lagon soit comblé peu à peu soit par le corail mort,
soit par le corail vivant. C’est le cas d’une autre île que nous visiterons
peu de temps après : Europa.
De toute manière la multiplication de cette vie calcaire semble bien
avoir une fin. Il doit arriver un point de saturation dans la vie collective
des polypiers. En tout cas, nous sommes bien loin de connaître les facteurs
limitatifs de cette vie.
A ces phénomènes normaux de dégénérescence s’ajoute un fait nouveau qui désormais tue indistinctement tous les coraux du monde entier :
la pollution. Car les coraux exigent pour prospérer des eaux très pures.
Or, nous le constatons une fois de plus, un peu partout dans le monde,
la mer est salie par les déchets de la « civilisation » moderne.
Bassas da India est en décomposition. Nous survolons des étendues
sous-marines de corail mort. C’est un atoll à l’agonie.
A quoi bon décrire une fois de plus ces champs morts de la mer,
si semblables à des jardins dévastés où gisent de pauvres choses cassées,
des morceaux de calcaire qui n’ont plus ni forme ni couleur et qui déjà se
désagrègent, redeviennent du sable, mais sinistrement gris. C’est la forme
la plus totale de la destruction : une mort minérale. Impossible de retrouver
la forme d’un parasol à.’Acropora ou le panache doré d’une Gorgone.
Même les mollusques morts n’ont laissé que des coquilles ternes, souillées.
Un monde de merveilles s’est dissous dans la mer.
Jusqu’à présent toutes les observations qu’avait faites Darwin sur les
coraux étaient restées valables, désormais elles n’ont plus de sens, parce
que dans la vie des coraux intervient une destruction artificielle par
pollution. La cause en est directe ou indirecte.
Dans certains atolls le déséquilibre biologique est provoqué indirectement par l’homme. En Micronésie ou à la Grande Barrière australienne
les indigènes ont pêché abusivement pour les vendre aux touristes de grands
coquillages, des conques* qui étaient les ennemis d’une étoile de mer
mangeuse de corail : elle s’est multipliée et elle fait maintenant des dégâts
inquiétants tout au long de ce grand complexe corallien qui s’étend le long
de la côte Nord-Est de l’Australie.
Pour le moment nous observons seulement des symptômes alarmants
un peu partout, mais nous n’allons pas tarder, semble-t-il, à assister à une
disparition progressive et rapide du corail : nos petits-enfants n’en verront
probablement plus. L’affirmation peut surprendre, mais il faut bien se
rendre compte que la vie marine est extrêmement fragile : les atteintes
