194 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
des fonds de sable, d’un vert profond au-dessus du corail. Tout autour
s’étend le bleu d’encre de l’Océan.
Nous nous mettons à l’eau. Sur l’une de ses faces, le Banc affleure.
De l’autre côté il descend à pic à 20 mètres, puis tombe en falaises vers
les grands fonds.
Nous évoluons à l’intérieur d’une eau légère, d’une merveilleuse
clarté. Les poissons abondent, particulièrement les carangues de plus
d’un mètre et qui doivent dépasser les 15 kilos. Elles sont peu farouches :
personne sans doute ne vient les déranger.
Le Banc du Geyser est peu fréquenté des bateaux même plus petits que
le nôtre, en raison de l’imprécision des cartes et des dangers que font courir
à la navigation les massifs de Madrépores enchevêtrés. Mais la Calypso
en Mer Rouge s’est souvent livrée à des évolutions plus difficiles. Nous
constatons que sur la carte l’emplacement du Banc est faux. L’erreur est
de plus d’un mille.
Ce lieu m’enchante. Il est fait pour nous : à la surface il est inhabitable.
Il n’offre aucune ressource. Pas la moindre terre où tenter de faire pousser quelque chose. Quelques têtes de corail qui ont la dureté de la
pierre sortent de l’eau. Personne ne pourrait vivre ici. Personne sauf des
plongeurs. Les bateaux eux-mêmes évitent ces parages considérés
comme hostiles et dangereux. Nous seuls savons combien la mer est
accueillante et douce en profondeur, combien elle est riche et belle.
Lorsque j’accède à ces fonds inconnus, encore secrets, je me sens payé de
toutes mes peines et j’ai le sentiment que notre longue, interminable
exploration est justifiée. D’autres viendront certainement après nous : je
souhaite qu’ils respectent l’équilibre biologique de cet Eden. Je sais qu’il
est fragile.
Un zodiac avec un plongeur en remorque part faire le tour du Banc,
tandis que d’autres plongeurs visitent le tombant de la face Ouest. La paroi
abrupte est magnifique, les mérous innombrables. Il y a aussi pas mal
de requins.
Il avait fait assez beau jusque-là, mais le temps se gâte, la mer
grossit, le ciel se couvre.
Décidément nous ne travaillons vraiment bien qu’aux Glorieuses.
C’est là que nous revenons pour tourner des vues sous-marines, soit avec
les plongeurs, soit avec les puces. C’est le seul endroit à proximité de
Madagascar où nous disposons de récifs bien vivants et très beaux et où
la Calypso trouve un mouillage abrité.
Les fêtes de fin d’année approchent. Le moment est venu de relever
une grande partie de l’équipage. En effet nos plongeurs, nos marins et nos
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