192 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
Un ingénieur violoncelliste
Notre ami Laban est un des personnages les plus complexes, les plus
secrets qui travaillent sur la Calypso. Il est ingénieur... chimiste et rien ne
semblait le destiner à une vie errante sur toutes les mers du monde.
C’est une des rares personnes que je connaisse dont la vie soit totalement orientée vers la recherche de la beauté et le souci de l’expression
artistique. Musicien, il est violoncelliste dans l’orchestre du bord. Plongeur,
il est peintre sous-marin. S’il s’est passionné pour les soucoupes plongeantes
et leur pilotage, c’est qu’il voit en elles l’instrument qui révèle des spectacles
exceptionnels, d’une splendeur qui n’appartient pas à la terre.
Mais notre camarade n’exprime ses sentiments que par la musique
ou la peinture. Comme beaucoup de ses compagnons à bord de la Calypso,
c’est un méditatif et un silencieux. Quand quelqu’un lui parle, il tourne
vers son interlocuteur son crâne entièrement rasé tous les jours, ses yeux
semblent refléter encore la lumière voilée des grands fonds et il s’exprime
en quelques brèves formules, souvent doucement ironiques.
Laban a un jour ramassé un chien perdu, un bâtard. On ne sait
pas qui a adopté l’autre. Ils ont formé une association étrange de deux
êtres dévoués l’un à l’autre, qui avaient la même conception de la vie,
mais qui se considéraient comme totalement libres. Le chien disparaissait
quand il lui plaisait au hasard des escales : il avait le goût des voyages.
Laban l’avait appelé « Pacha ». Et Pacha s’embarquait sur un cargo
pour aller de Marseille à Tunis. Son ami Laban, qu’il serait excessif
d’appeler son maître, le retrouvait six mois plus tard frétillant sur les quais
de New York.
Nouvelle plongée des deux puces le dimanche 17 décembre, toujours
à Angazoberavina. Nouveaux essais satisfaisants. Cette fois, c’est Canoé
Kientzy et mon fils Philippe qui pilotent la puce n° 1 et la puce n° 2.
Le Banc du Geyser
De Nossi Bé, la Calypso gagne le Banc du Geyser dont la vue nous
enchante avant même que nous ayons jeté l’ancre. Les teintes de l’eau
tandis que nous approchons du récif de corail ont des profondeurs de
vitrail. Ce sont des taches d’un vert éclatant : d’un vert émeraude au-dessus
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