174 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
fidèle compagnon était un baliste qu’avait apprivoisé Pierre Guilbert.
Le poisson apprit vite à le reconnaître, même au milieu des autres plongeurs et à le suivre en promenade. Lorsque de l’intérieur, Guilbert frappait
avec sa bague sur le verre d’un hublot, le poisson venait voir, et, reconnaissant son ami, il faisait le tour de la maison pour se présenter à l’entrée,
éclaboussant même l’intérieur à force de battre des nageoires jusqu’à ce
que Guilbert lui ait donné à manger.
Il faut se garder de porter des jugements de valeur sur les poissons
comme d’ailleurs sur tous les animaux. Ils sont ce que nous les faisons.
Je crois surtout que ces balistes des Glorieuses, réputés « rébarbatifs »,
n’ont pas eu le temps de s’habituer à nous. Ils ont eu des réflexes de
défense bien compréhensibles. Avec quelques jours de plus nous les aurions
certainement apprivoisés.
L'énigme du poisson clown
C’est également aux Glorieuses que nous avons filmé la vie en commun
des poissons clowns et des anémones de mer.
Les anémones de mer ou Actinies* sont souvent très belles, mais
elles sont venimeuses. Leurs tentacules, riches en cellules nerveuses très
compliquées, injectent un véritable poison. Les piqûres de l’anémone
sont très douloureuses. Elles peuvent paralyser un poisson de la taille d’une
sardine.
Leur arme est minuscule et d’une perfection très compliquée : c’est
le nématoblaste dont chaque tentacule possède des batteries toujours
prêtes à servir. L’appareil comprend une capsule fermée par un opercule.
A l’intérieur un filament hérissé de dards est enroulé en hélice. Il est creux
et communique avec une glande à venin. Au moindre contact, à la
moindre excitation, l’opercule saute, le filament est projeté à l’extérieur,
les crochets se fixent dans la proie, lui injectent le venin et l’immobilisent.
Les tentacules n’ont plus alors qu’à pousser la victime dans la cavité
gastrique de l’anémone.
J’avais une raison toute particulière de m’intéresser aux secrets des
Actinies : elles sont liées à une importante découverte scientifique faite à
bord du navire océanographique du Prince Albert de Monaco. C’est en
1902 que deux grands physiologistes français, Portier et Richet, ont
fidèle compagnon était un baliste qu’avait apprivoisé Pierre Guilbert.
Le poisson apprit vite à le reconnaître, même au milieu des autres plongeurs et à le suivre en promenade. Lorsque de l’intérieur, Guilbert frappait
avec sa bague sur le verre d’un hublot, le poisson venait voir, et, reconnaissant son ami, il faisait le tour de la maison pour se présenter à l’entrée,
éclaboussant même l’intérieur à force de battre des nageoires jusqu’à ce
que Guilbert lui ait donné à manger.
Il faut se garder de porter des jugements de valeur sur les poissons
comme d’ailleurs sur tous les animaux. Ils sont ce que nous les faisons.
Je crois surtout que ces balistes des Glorieuses, réputés « rébarbatifs »,
n’ont pas eu le temps de s’habituer à nous. Ils ont eu des réflexes de
défense bien compréhensibles. Avec quelques jours de plus nous les aurions
certainement apprivoisés.
L'énigme du poisson clown
C’est également aux Glorieuses que nous avons filmé la vie en commun
des poissons clowns et des anémones de mer.
Les anémones de mer ou Actinies* sont souvent très belles, mais
elles sont venimeuses. Leurs tentacules, riches en cellules nerveuses très
compliquées, injectent un véritable poison. Les piqûres de l’anémone
sont très douloureuses. Elles peuvent paralyser un poisson de la taille d’une
sardine.
Leur arme est minuscule et d’une perfection très compliquée : c’est
le nématoblaste dont chaque tentacule possède des batteries toujours
prêtes à servir. L’appareil comprend une capsule fermée par un opercule.
A l’intérieur un filament hérissé de dards est enroulé en hélice. Il est creux
et communique avec une glande à venin. Au moindre contact, à la
moindre excitation, l’opercule saute, le filament est projeté à l’extérieur,
les crochets se fixent dans la proie, lui injectent le venin et l’immobilisent.
Les tentacules n’ont plus alors qu’à pousser la victime dans la cavité
gastrique de l’anémone.
J’avais une raison toute particulière de m’intéresser aux secrets des
Actinies : elles sont liées à une importante découverte scientifique faite à
bord du navire océanographique du Prince Albert de Monaco. C’est en
1902 que deux grands physiologistes français, Portier et Richet, ont
