160 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
ressemblent plus à des planches qu’à des crocodiles. Nous comprenons un
peu tard que le chef du village a abusé de notre crédulité et nous partons,
mais sur le chemin du retour, nous décidons, un peu vexés, de revenir sur
nos pas. Nous trouvons tout le village en liesse, ravi de dévorer le buffle
qui avait été soi-disant sacrifié aux crocodiles. Nous réclamons notre place
au banquet et tout se termine le plus joyeusement du monde.
Une autre expédition a demandé plus d’efforts : nous sommes allés sur
la côte Nord-Ouest chercher des fossiles. Dans cette région de Madagascar,
on trouve, soit dans le fit d’une rivière, soit à la suite des pluies, dans les
effondrements d’alluvions constituant un ancien fit de rivière, des galets
ovales qui semblent anodins. En donnant un coup de marteau sec sur la
tranche de l’ovoïde, celui-ci se partage en deux par le plan médian, révélant
la plupart du temps un fossile de poisson parfait. Certains de ces fossiles
très anciens ressemblent à de petits Coelacanthes... bien qu’on ne puisse
les apparenter avec certitude.
L’endroit est d’accès difficile et la région est assez déserte. Partis à deux
voitures, nous nous trompons de piste et nous nous égarons. Il y a beaucoup
de moustiques. Il faut finir la route à pied. Nous marchons pendant plusieurs
heures. L’eau que nous avons emportée se révèle insuffisante. Celle de la
rivière n’est pas engageante et le Docteur voudrait nous empêcher de boire.
Mais là encore tout se termine bien et nous ramenons un grand nombre de
fossiles de poissons.
De toutes nos équipées à l’intérieur de Madagascar, la plus réussie
et la plus importante a été celle qui nous a menés aux « Sept Lacs » avec
tout le matériel de plongée et les caméras sous-marines.
Ces « Sept Lacs », d’une dizaine de mètres de profondeur, s’étagent
au pied des Monts Lisalo. Us sont alimentés par des eaux de ruissellement,
glacées et extrêmement pures. En effet, tout au long de leur parcours elles
ne se chargent pratiquement d’aucun sel, d’aucune matière organique. Aussi
le lac dans lequel nous plongeons est-il d’une extraordinaire transparence.
Mais une eau si pure n’offre que très peu de nourriture aux animaux
aquatiques. Les « Sept Lacs » sont à peu près stériles. Les seules formes
de vie que nous apercevons sont de fragiles Saprophytes*, accrochés aux
branches des arbres qui sont tombés au fond du lac. C’est un décor
féerique, mais figé et comme frappé de malédiction. Ce paysage aquatique
offre pour nous un contraste saisissant avec l’animation des fonds de coraux
que nous avons l’habitude de voir et où s’agitent tant de poissons multicolores.
Ce monde immobile, à peu près stérile, où les Saprophytes se gonflent en masses cotonneuses et malsaines, a quelque chose d’inquiétant.
ressemblent plus à des planches qu’à des crocodiles. Nous comprenons un
peu tard que le chef du village a abusé de notre crédulité et nous partons,
mais sur le chemin du retour, nous décidons, un peu vexés, de revenir sur
nos pas. Nous trouvons tout le village en liesse, ravi de dévorer le buffle
qui avait été soi-disant sacrifié aux crocodiles. Nous réclamons notre place
au banquet et tout se termine le plus joyeusement du monde.
Une autre expédition a demandé plus d’efforts : nous sommes allés sur
la côte Nord-Ouest chercher des fossiles. Dans cette région de Madagascar,
on trouve, soit dans le fit d’une rivière, soit à la suite des pluies, dans les
effondrements d’alluvions constituant un ancien fit de rivière, des galets
ovales qui semblent anodins. En donnant un coup de marteau sec sur la
tranche de l’ovoïde, celui-ci se partage en deux par le plan médian, révélant
la plupart du temps un fossile de poisson parfait. Certains de ces fossiles
très anciens ressemblent à de petits Coelacanthes... bien qu’on ne puisse
les apparenter avec certitude.
L’endroit est d’accès difficile et la région est assez déserte. Partis à deux
voitures, nous nous trompons de piste et nous nous égarons. Il y a beaucoup
de moustiques. Il faut finir la route à pied. Nous marchons pendant plusieurs
heures. L’eau que nous avons emportée se révèle insuffisante. Celle de la
rivière n’est pas engageante et le Docteur voudrait nous empêcher de boire.
Mais là encore tout se termine bien et nous ramenons un grand nombre de
fossiles de poissons.
De toutes nos équipées à l’intérieur de Madagascar, la plus réussie
et la plus importante a été celle qui nous a menés aux « Sept Lacs » avec
tout le matériel de plongée et les caméras sous-marines.
Ces « Sept Lacs », d’une dizaine de mètres de profondeur, s’étagent
au pied des Monts Lisalo. Us sont alimentés par des eaux de ruissellement,
glacées et extrêmement pures. En effet, tout au long de leur parcours elles
ne se chargent pratiquement d’aucun sel, d’aucune matière organique. Aussi
le lac dans lequel nous plongeons est-il d’une extraordinaire transparence.
Mais une eau si pure n’offre que très peu de nourriture aux animaux
aquatiques. Les « Sept Lacs » sont à peu près stériles. Les seules formes
de vie que nous apercevons sont de fragiles Saprophytes*, accrochés aux
branches des arbres qui sont tombés au fond du lac. C’est un décor
féerique, mais figé et comme frappé de malédiction. Ce paysage aquatique
offre pour nous un contraste saisissant avec l’animation des fonds de coraux
que nous avons l’habitude de voir et où s’agitent tant de poissons multicolores.
Ce monde immobile, à peu près stérile, où les Saprophytes se gonflent en masses cotonneuses et malsaines, a quelque chose d’inquiétant.
